Critique : Wonder Woman


Le poids sur les épaules de Wonder Woman était pluriel : redorer le blason de l'univers cinématographique DC écrasé dès sa naissance par la critique, et surtout tenir la promesse d'une super-héroïne immuable contre son statut éphémère dans un tel spectacle à gros budget... Même s'il souffre de passer avec le Captain America de Joe Johnston, écho de l'origin-story d'une icône sur fond old-school, le film ne cède jamais et installe avec une terrible efficacité l'Amazone Diana, qui s'impose à ce jour comme la figure la plus forte de la future Justice League.


Le spectre ringard de Xena la Guerrière s’immisce dans notre esprit quand démarre ce récit des origines, mais Patty Jenkins montre dès les premières secondes qu'elle prend l'affaire très au sérieux et annihile tous nos aprioris. En nous faisant rencontrer l'héroïne haute comme trois pommes, assoiffée d'aventures et de conquêtes, l'identification est fulgurante, bercée dans ce monde des Amazones à la direction artistique chatoyante. Assumant de mettre dans les mêmes rangs le péplum et la fantasy, ces terres hors de notre portée nous guident dans un premier acte qui se révèle épique sans aucune difficulté.


La plongée brutale dans la Première Guerre du monde des Hommes offre alors un contraste assez astucieux par le prisme de notre héroïne à l'âme pure qui n'a connu que son peuple féminin. Entre une soif communicative de péripéties et une innocence touchante, Diana Prince invoque ainsi les principales touches d'humour du film, assez efficaces et jamais invasives, qui amènent un grisant sous-texte féministe. Dommage de finalement constater que le principal protagoniste masculin Steve Trevor (Chris Pine), joue un rôle si significatif dans le récit, celui qui amène l'intrigue à l'héroïne, et qui sera en fin de compte le moteur imposant de son évolution.


Jouant sans cesse entre le décalage et le sublime de la figure de Diana, Patty Jenkins travaille sans démesure à tailler l'icône qui s'en retrouve alors renforcée. L'exemple le plus fort demeure sans conteste la séquence de la traversée du No Man's Land, qui prend au premier degré le nom du champ de bataille pour faire exploser les enjeux, le symbole et la silhouette de la super-héroïne. Cette force inhérente fait presque oublier le caractère très impersonnel des scènes d'action du film, qui n'use que de ralentis grossiers et du thème entendu dans Batman V Superman pour se faire valoir.


Mais c'est finalement le dernier acte qui fait le plus de mal au film, qui s'échine à offrir de la destruction massive en abandonnant vulgairement ses divers protagonistes (notamment la prometteuse docteure Poison et l'image forte de son visage de cire). Ce qui profite à une révélation sans aucune surprise et un duel de titans qui sonne un peu creux. Dommage de lâcher le lest si proche de la fin, embrumé par le carcan traditionnel du genre : déchaîner le spectacle et faire passer le message avec de gros sabots. Le démontre la seule vraie fulgurance dramatique de ce climax, un échange entre Diana et Steve qui sera répétée deux fois, l'une sans entendre les mots prononcés, l'autre révélant le dialogue, "éclairant" le spectateur alors que le premier parti-pris était d'une intensité rare.


Wonder Woman a peut-être moins d'identité que l'on ne souhaitait, mais ses talons d'Achille n'ont jamais raison sa totale efficacité. Le film parvient à insuffler dans l'écurie DC une aventure plus pure et limpide où l'importance de l'icône a définitivement raison de l'action éthérée, où derrière le nemesis de la guerre et l'apocalypse numérique se révèle la foi et l'amour du Wo-Man's Land. Dans le monde étriqué du grand spectacle, c'est une bien belle victoire.


Commentaires

  1. Quand Candide rencontre DC Comics. Un film de guerre et super-héroïque avec une héroïne qui véhicule l'espoir (plus que l'amour). L'espoir qu'une guerre peut s'arrêter, que le Mal puisse avoir un ennemi fort et surtout une guerre personnifiée. Tant qu'il y aura une Wonder Woman pour nous sauver, il y aura toujours de l'espoir et je trouve que c'est un message magnifique (d'autant plus quand on pense à la dernière séquence pas forcément évidente, mais que j'ai interprété par une actualité affreuse). Patty Jenkins reste dans une optique mythologique et elle fait de Diana une véritable femme d'action sans en faire des tonnes (les ralentis servent à l'iconiser encore plus).

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