Critique : La Momie / The Mummy (2017)


La conscience populaire monte-t-elle ses rangs pour protéger l'héritage des monstres Universal ? C'est ce qu'on peut se demander tellement le monde critique a été intransigeant face aux derniers films de l'écurie, The Wolfman et Dracula Untold, bâtards, imparfaits donc aisément démontables, mais demeurant des exercices loin d'être ignobles... Cette sévérité extrême touche de nouveau ce retour de La Momie, qui de surcroît recontextualise et retouche sa mythologie, un sacrilège ultime couplé à des rumeurs de couloirs qui le placent directement sur le bûcher. Mais étouffons les braises : ce film fragile est, oui, un spectacle éminemment sympathique.


La Momie entame donc ce que les studios Universal intitulent le "Dark Universe", nouveau souffle qui peut déjà diviser. L'intention est clairement établie et il faut voir l'initiative telle quelle : faire évoluer les monstres cultes et les réunir dans un univers partagé tels des super anti-héros, des vengeurs des ténèbres contre un ennemi commun. Cette ambition de rejoindre les rangs de Marvel et DC pose question, installant dans l'intrigue de ce film une structure sauce S.h.i.e.l.d., Prodigium, de façon trouble et hâtive par le prisme du Dr Jekyll, joué par un Russel Crowe excité comme un gamin. Les pièces du puzzle sont éparses, mais livrent de quoi titiller la curiosité de ceux qui veulent bien attendre de voir ce que la suite va donner.


Ce qui attise les flammes de cette entreprise, bien sûr, c'est la présence de Tom Cruise devant (et derrière) la caméra. L'acteur, comme à son habitude, se donne à cent-pour-cent dans la peau de ce militaire entaché d'une lourde malédiction. La plus grosse surprise restera la nature de son personnage : peut-être pour la première fois de sa carrière, il joue un héros absolument abruti, et assumé tel quel. "Ahmanet t'a choisi pour ton manque d'âme et d'esprit" lui dit clairement Jekyll. Là réside l'étonnante nature de l'initiative de l'antagoniste en bandelettes : utiliser la pure stupidité humaine pour anéantir le monde. Un plan pas si absurde, quand on y repense... Mais le tonnerre gronde hors de la diégèse : "on dit" que Tom Cruise aurait abusé de son influence artistique pour changer drastiquement le scénario pendant la production, plus d'action, plus de présence à l'écran, et une nouvelle importance majeure de son personnage dans le dernier acte du film. Si cela s'avère vrai, on peut comprendre les failles creusées de l'écriture et du climax.


Pour sûr, le scénario de La Momie est relativement putride. En plus du rôle peu naturel du Prodigium dans l'aventure lancée ici, l'écriture est une ode aux facilités, trous de gruyère et autres incohérences. On sent bien que derrière les lignes se mettent sur la tronche deux intentions antinomiques : d'un côté le film d'aventures horrifique, qui délivre un souffle tout à fait louable à défaut d'être fort et original ; de l'autre une vague de cool au détour de quelques gags et répliques aussi fins qu'une brique. Ce contraste thématique n'est pas des plus déplaisants, cherchant avant tout un spectacle décontracté, mais il entache sans conteste un scénario décousu de bout en bout.


Malgré cette indigence indiscutable et les potentielles manipulations derrière le rideau, le métrage offre toutefois une bien belle direction artistique. La photographie des plus propres de Ben Seresin sert efficacement la réalisation très posée d'Alex Kurtzman. On ne peut blâmer ce dernier de ne pas céder à la shaky-cam et au sur-découpage, prenez par exemple les trois scènes d'actions majeures du film : le crash de l'avion, l'accident de camion dans la forêt, et le souffle de sable en plein Londres. Dans les moments forts de ces trois scènes, l'action est mise en valeur par la longueur de plan voire même par celle du travelling. De même dans la mécanique (très rare) de la frayeur, qui se joue simplement dans un champ/contre-champ. Kurtzman ne se plie pas aux fioritures faciles du spectacle contemporain et offre même quelques compositions de plans agréables pour l’œil.


La Momie bénéficie aussi d'un joli atout féminin. Aux côtés du fort caractère du personnage d'Annabelle Wallis - malheureusement bien insipide quand il s'agit simplement de jouer - c'est la nouvelle figure à bandelettes qui parvient à s'imposer. Sofia Boutella campe une nouvelle momie sensuelle et acrobatique dont la connotation sensiblement érotique se marie à merveille à la figure détournée du zombie et de la contamination. Dommage que sa simple importance se voit quand même rongée par l'inconsistance du scénario qui préfère miser toutes les cartes sur la menace future plutôt que le danger premier de sa soif de mutation.


Quelque peu piégé par son intention plurielle, La Momie peut bien vite se faire sceller son tombeau par ceux qui attendaient un renouveau rigoureux, ce qu'il n'est clairement pas. Ne cherchant aucune identité ne serait-ce que l'initiative de son univers, il reste que le film propose un spectacle efficace et convenablement embaumé, mené tambour battant, bac à sable où les dieux et les monstres ne naissent que dans la bêtise des Hommes.


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