Critique : Message From the King


Message From the King est le premier exercice américain du cinéaste belge Fabrice du Welz, témoignant d'habitude une aura incroyablement mystérieuse et organique, titillant les sens du spectateur dans l'horreur. Dorénavant immunisé contre le venin d'une production malade telle que celle de son Colt 45, Du Welz accepte l'offre de David Lancaster, producteur de Drive et Whiplash, pour réaliser dans l'urgence et moins de 10 millions de $ en poche ce film de vengeance qui n'a rien à envier aux productions du Nouvel Hollywood des années 70.


Message From the King est une pure oeuvre de commande à l'ancienne, et Du Welz en a parfaitement conscience. Ce qui ne l'empêche jamais d'être absolument fidèle à son cinéma, de la texture poisseuse combinée ici à merveille à celle des rues de Los Angeles. Le réalisateur s'est baladé des mois en repérages dans les veines de la Cité des Anges pour s'imprégner de sa rage, ses contrastes, ses odeurs. "Cette ville pue les poubelles et la moisissure sous la pluie, mais l'orange et le jasmin quand le soleil brille" décrit un personnage au milieu du film, définition qui suinte par tous les pores de l'image. La peau et la sueur, Du Welz s'y intéresse d'ailleurs de très près, filmant les personnages en gros plans, tenant à tourner intégralement en pellicule 35mm pour un rendu incroyablement organique avec son grain et ses contrastes. Ici, les personnages ont chaud dans le cœur de L.A.


Et par le biais de la pellicule, Du Welz invoque aussi des classiques tels Hardcore de Paul Schrader, Get Carter de Mike Hodges et To Live and Die in L.A. de Friedkin, des influences qui font l'essence même de Message From the King. Le film est un pur vigilante movie, qui lorgne aussi du côté du western : Du Welz évoque également l'influence de quelques vieilles pépites de l'Ouest où l'on suit sans détours et au plus près le protagoniste principal dans toute sa rage, en toute sobriété. C'est toute l'efficacité du métrage : il est sans fioritures, sans concessions, une quête simple et old school où les intrigues secondaires et dialogues explicatifs sont quasi-absents. Il n'a absolument jamais la prétention de dépasser son statut primaire.


Nous sommes vraiment de plein pied dans la rage bouillonnante du personnage, que Du Welz prend plaisir à iconiser avec son manteau de cuir et sa chaîne de vélo comme arme de poing. Les portraits et relations établies sont très simples, du pur stéréotype avec ce héros viscéralement attaché à sa sœur, une jeune femme à l'innocence dégradée ou encore un producteur de cinéma rongé par les pulsions les plus gerbantes - les scénaristes semblant d'ailleurs griffer le milieu de Los Angeles sans culpabilité. C'est dans cet ensemble clair et concis que la caractérisation des personnages fonctionne, au détriment de certains spectateurs qui n'y verront, avec raison, aucune originalité... En tête d'affiche, Chadwik Boseman transpire le charisme, aussi brutal que touchant, masse de muscles et de colère qui porte avec force le film sur ses épaules.


Filmer des monstres et des êtres torturés, c'est ce qu'a toujours réussi à faire Fabrice du Welz avec talent. La mystique de la chose est bien sûr ici aux abonnés absents, totalement concentrée dans la texture de l'image, mais une once de brume empoisonne toutefois quelques scènes d'hallucinations assez transgressives par rapport au reste du film. Peut-être que le cinéaste n'a pas non plus eu le temps de travailler ça : la préparation et les prises de vues furent expéditives, des limites qui se sentent notamment dans les quelques scènes d'actions filmées à la hâte en cadre serré, caméra au poing, avec du ralenti ici et là pour l'illusion.


Mais c'est ce qui fait aussi tout le charme de Message From the King, un petit produit de série B brut et bouillonnant qui ne prétend jamais aller plus loin qu'on lui demande : un objet sec et brûlant, fort d'une énergie insolente et teintée d'une mélancolie surprenante. Avec évidence, Du Welz se fait plaisir à capturer la fabrication et l'aura du cinéma américain des années 70, et comblera sans aucun doutes à tous les amateurs du genre.


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