Critique : Alien Covenant


Le retour de monsieur Ridley Scott au sein de l'univers Alien avec Prometheus fut, avec un joli soupçon de mauvaise foi, plongé dans des abysses de remontrances, du "sacrilège" au "crime contre l'humanité"... Alien Covenant, suite directe de ce prequel décrié, faisait d'abord mine de revenir aux fondements de la saga, avec le retour de notre cher Xénormorphe et une aura de frayeur et d'hémoglobine. Mais comme le film de 2012, Covenant nous a en quelque sorte mené sur une fausse piste, tout en demeurant dans la pure lignée symbolique de l'univers.


Le cadre promotionnel a bien mal fait de vendre Covenant comme le vrai retour dans l'univers Alien : le spectateur est conditionné à tort et, comme cela a été le cas pour Prometheus, les fans seront de nouveau dépités à l'excès. Le cinéphile sceptique avait ouvert la boîte de Pandore il y a quatre ans, et la machine s'est exécutée pour la suite du programme dans le but de rassurer. Sauf que cette suite perpétue finalement cette volonté louable de Scott de toujours nous mener là où on ne l'attendait pas. Covenant réinvoque certes le survival poisseux et radical, où une troupe se voit traquée par un prédateur dans l'ombre, mais cet opus va bien sûr bien au-delà de ça.


Quitte à chahuter le spectateur, Scott prend peu de peine à développer ses nouveaux personnages, divulguant leurs vrais enjeux émotionnels qu'au détour de gestes et de brèves paroles. Il est clairement établi que cette galerie de colons n'est que de la chair à pâté, en première ligne sur le front de la tripaille. Dans une volonté trans-médiatique, il est étonnant de constater à quel point le peu de volonté d'identification aux protagonistes se soit opéré dans le cadre promo, avec des prologues uniquement visibles sur le net - un autre indice que les studios se sont bien plus évertués à séduire de nouveau les spectateurs plutôt qu'à vendre le véritable objet. Par conséquent, l'attachante Katherine Waterston, vendue évidemment comme la nouvelle Ripley, s'en retrouve bien loin même si elle convoque la grisante raison féminine dans l'histoire.


Non, le véritable épicentre de Covenant, au-delà du survival et de la figure Ripleyenne, c'est le cœur de la mythologie entamée par Prometheus et par l'androïde interprété par Michael Fassbender, berceau viscéral de la véritable empathie. Quitte à titiller les détracteurs, c'est là, oui, que réside le moteur bel et bien existant de cette mythologie, en totale adéquation avec la saga Alien. Celle-ci baignait sans conteste dans la métaphore maternelle, tandis que Prometheus, en tant que prequel, proposait le symbole antécédent, l'espoir et la séduction dans le prisme ambigu de la foi. Covenant fait de nouveau muter cette symbolique, en vue de la verve matricielle d'Alien, sur le plus grand des mystères : la nature de l'amour et de ses ténébreuses conquêtes. La passion pour autrui, et la passion pour l'art de créer, quitte à détruire. Le traitement se veut certes aussi opaque que grossier, mais il demeure que le cynisme palpable de Ridley Scott - hostilité ouverte dès Exodus suite à la mort de son frère Tony - empoisonne la texture du film et livre une perversité inattendue sur les utopies spirituelles.


Grand technicien qu'il est, Scott n'oublie pas de livrer un objet de divertissement absolument viscéral. D'un côté, il peut faire témoigner les signes et les enjeux à travers un seul mouvement de caméra en plan-séquence (la scène d'apprentissage de la flûte, curieux moment de flottement au sein du métrage) ; de l'autre, il retourne au 60 images par seconde en caméra portée pour faire exploser la nervosité ultra-violente qu'invoque la peur et la survie... Même s'il a paradoxalement beaucoup de mal à démarrer, Covenant se trouve être beaucoup plus resserré et dynamique de Prometheus, s'éloignant de son aura cosmo-philosophique pour mieux embrasser la pure série B, le chemin de croix suintant l'acide et le sang.


Même si le Xénomorphe en tout numérique sautillant de partout amène à la déception, il est agréablement étonnant de constater la fascination poétique qu'a Scott envers la nouvelle naissance de cette créature emblématique, amour macabre sur-démonstratif qui fera détourner le regard des admirateurs de l'ombre, du mystère et du hors-champ. Mais en son entier, Covenant se moque de retourner dans le cocon de l'opus original : tel le Spinebuster, il veut s'imposer en arrachant tout épiderme sur sa route, de façon lapidaire et brutale, dans le but de donner sens à son existence, sa rage et son symbole. Ceux qui ne veulent pas le remarquer n'ont qu'à ne pas rester sur son chemin.


Commentaires

  1. Je viens de revoir la saga sur une chaîne ciné et c'est toujours aussi bien !
    Je n'avais pas trop aimé "Prometheus" alors je passe mon tour pour ce nouvel opus ;)

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    1. Il y a de fortes chances que tu sois également déçue par Covenant, donc, malgré ses tentatives de reprendre certains codes de la saga initiale.

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  2. Comme je l'ai dit plusieurs fois, c'est non direct. La saga Alien est définitivement morte depuis le monumental Alien 3, bouffée par la machine à pognon et un créateur qui saccage son propre univers.

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