Critique : Guardians of the Galaxy Vol. 2 / Les Gardiens de la Galaxie 2


Dans la continuité d'un capital fun explosif, James Gunn démarre Guardians of the Galaxy Vol. 2 par un générique encore plus fou que le premier opus, où le réalisateur débride sa mise en scène pour mettre les cartes sur la table : au cœur d'un gigantesque affrontement qui serait le climax d'un bon gros blockbuster des familles, il décide de laisser l'action dans le flou de l'arrière-plan, se concentrant dans un plan-séquence de cinq minutes sur l'innocence joviale d'un des protagonistes sur fond de "Mr Blue Sky". En un mouvement aussi épique que décalé, Gunn concrétise sa volonté de contextualiser l'action comme environnement de la mise en avant des personnages. Ce que cette suite parvient de nouveau à réaliser, toujours avec la subtilité d'un éléphant dans un magasin de porcelaine.


Remercions Gunn de proposer encore cet effort de la caractérisation et de l'émotion, qui manque cruellement dans l'écurie aguicheuse de Marvel. Là où le travail du deuil nourrissait les enjeux et l'environnement musical du premier épisode, cette suite cherche à mieux développer la notion de la famille au sein des Gardiens, ses joies, ses maux, et creuse surtout le sillon de la filiation, l'héritage, le poids du passé. Contrairement à son prédécesseur, l'illustration électrisante des chansons se révèle plus gratuite dans ce contexte, moins naturelle, malgré le sens des paroles. Mais quel bonheur de voir tout ce fond nourrir sans cesse cette galerie de personnages attachants, servir de moteur à chaque scène d'action, jusqu'à l'ultime climax épique qui élève l'enjeu émotionnel principal de la figure de proue, Star Lord, à un niveau céleste étonnant et redoutable.


Guardians of the Galaxy Vol. 2 conserve également avec verve ce talent de détourner nos attentes, que ça soit dans le récit (le cadre promotionnel et ses fausses-pistes) ou dans son sens du gag et de la punch-line. La constance du désamorçage ne fonctionne pas systématiquement, mais l'ensemble fait mouche car Gunn ne néglige jamais le côté sombre de la lune : le tragique, menaçant à tout moment, l'adversité qui peut tout renverser à chaque minute, l'ombre qui nourrit la problématique de chaque protagoniste et le fait avancer le long de l'histoire. Suite à un twist certes peu surprenant, le dernier acte balaie d'un revers de manche le climax du premier opus qui tournait un peu à vide, et tirerait presque quelques larmes aux plus sensibles dans ses dernières minutes.


Rappelons aussi le plaisir de voir que James Gunn a conscience de l'objet qu'il a entre les mains, qu'il est lui-même entre les mains de Marvel, et de le voir ne jamais céder au teasing intempestif de l'univers partagé est terriblement grisant. Les références et easter-eggs sont légion, mais ce n'est qu'une caresse, jamais la promesse de quelque chose que l'on attend toujours. Gunn se concentre sur sa mythologie, au maximum, avec de gros sabots, et il se fait plaisir, en tant que cinéaste et en tant qu'Homme. Le dénominateur commun en est sans conteste la présence de Kurt Russell : l'ultime invitation d'une des figures phares de la culture pop des années 80, mais aussi la clé d'un travail introspectif du réalisateur qui a traité tout le long de ses films les versants de la figure paternelle. C'est sans compter quelques autres caméos jouissifs et l'invocation épique d'une grande nostalgie vidéoludique, qui font du film un vrai feu d'artifices.


Ni plus astral ni moins ravageur que le premier volume, Guardians of the Galaxy Vol. 2 perpétue ce plaisir coloré aussi drôle qu'émouvant. Loin d'être anti-spectaculaire - il tendrait même plutôt à s'oublier dans la surenchère digitale - cette suite s'évertue malgré tout à ne jamais oublier ses personnages, à travailler leur influence, leur caractérisation, leurs émotions sur la psyché divertie du spectateur, un peu comme le doux fumet de la mélancolie d'une époque, sans la subtilité. Le sourire en coin et la larme à l’œil, on attend la suite avec impatience, et c'était chose inespérée chez Marvel.


Commentaires

  1. Jolie critique, mais je peine tout de même à m'emballer. ce qui pourrait à la rigueur me pousser jusque dans la salle serait la perspective de retrouver ce bon vieux Kurt. Pour le reste, je le laisse aux amateurs d'aliens bleus et autres ratons de l'espace.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci ^^ Si tu n'as pas apprécié le premier, je pense pas que les choses changeront pour cette suite. Mais c'est un vrai plaisir de retrouver Kurt Russell, surtout qu'il n'est pas là juste pour l'exercice, mais bien plus ;)

      Supprimer
  2. Ce second opus confirme une chose: lorsque Marvel veut faire du cinéma (et non des épisodes de série tv), elle s'en donne les moyens. On le voit par une qualité visuelle impressionnante y compris par des idées de mise en scène folles (le générique). L'écriture y gagne aussi avec un scénario un peu moins classique et des personnages mieux écrits. Puis il y a le meilleur super héros de tous les temps dedans (indice: il a un verre à la main!). ��

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. En effet on sent James Gunn qui maîtrise un peu plus sa mise en scène, en témoigne le générique d'ouverture ou la composition aussi simple que bouleversante du dernier plan.

      Supprimer
    2. Il y a en effet une grande émotion qui traverse ce second opus, là où le MCU a vraiment beaucoup beaucoup de mal avec ça. A la rigueur le Captain se réveillant et voit que le monde dans lequel il est n'a rien à voir avec celui qu'il a quitté; ou la mort de Coulson. C'est probablement tout sur une quinzaine de films. Il n'y a qu'à voir le sinistre cas Quicksilver (qui?) ou la rigolade Iron Man dans Civil War ("tout le monde sait pour mes parents mais personne ne me dit rien bouhouhou"). Là on voit que James Gunn va clairement dans l'émotion en ayant les bons arguments, notamment ce qui honnêtement est le meilleur méchant du MCU, car lui au moins a une personnalité bien définie qui en fait un salaud véritable.

      Supprimer

Enregistrer un commentaire

Articles les plus consultés