Critique : The Fate of the Furious / Fast & Furious 8


Que faire lorsque l'on passe après le septième opus réalisé par James Wan, seul cinéaste qui ait complètement compris et assumé le fumet nanardesque, la stupidité des enjeux et l'action over-the-top de la licence, livrant certainement l'épisode le plus grisant. Pour The Fate of the Furious, F. Gary Gray, fort du succès de Straight Outta Compton, reprend la casquette de réalisateur pour une suite qui respecte ligne par ligne le cahier des charges, non sans quelques menues surprises.


Ne vous prenez pas la tête : quand vous allez voir un Fast & Furious, vous savez très bien ce que vous allez regarder, espérez plus qu'il ne peut offrir et vous allez passer à côté. Depuis le renouveau de la licence avec le cinquième opus, où le tunning beauf et les damoiselles au shorts très courts ne sont plus qu'un code à respecter au détour d'une scène, la saga est une ode à l'absurdité, une quête improbable dans un contexte qui le dépasse. Ce contexte, cette fois-ci, est carrément la menace d'une Troisième Guerre Mondiale, menée par un Charliez Theron monolithique dont la motivation demeure invisible, teaser d'une nouvelle mythologie.


The Fate of the Furious emprunte un nouveau chemin histoire de renouveler un peu l'affaire : installer Toretto, leader de la majeure partie de la licence, comme un nemesis, un antagoniste inattendu trahissant la cause. Quelle ambition shakespearienne, vous exclamerez-vous ! Malheureusement, un peu comme d'habitude, le scénario patine en déroulant cette intrigue à coups de blablas insipides et de cette interminable philosophie de comptoir sur la famille, poussant encore plus le spectateur à attendre au tournant la prochaine scène d'action.Ces enjeux plus dignes d'un soap qu'autre chose ont le mérite d'essayer d'installer quelque chose de plus sérieux derrière la ringardise assumée, à travers quelques détours et retournements scénaristiques.


Derrière cet improbable surréalisme, cet hymne du bourrin, on se surprend à s'attacher à cette galerie de gueules, hétéroclisme aussi protéiné que son univers, balayant d'un coup de tatane d'anciennes rancœurs meurtrières au profit d'une amitié sans failles, allez comprendre, mais là est tout le plaisir. L'exemple en question est bien évidemment la relation Dwayne Johnson / Jason Statham, le duo le plus jouissif du film, s'envoyant des fions à la pelle avec une complicité communicative... Mais, surprise, ils se font finalement tous voler la vedette par un petit bout de chou au cœur d'un climax aérien terriblement grisant.


Mais revenons aux principales attentes de The Fate of the Furious : la dynamite, la testostérone, la taule froissée. Difficile de passer après le septième opus et ses extrêmes, mais cette suite garde quelques cartes en mains : une poursuite dans une voiture enflammée, une évasion de prison sur fond de rap dégoulinant, une armée de voitures zombies, ou encore bien sûr la fameuse course avec un sous-marin. Oui, un SOUS-MARIN. Gray n'a pas l'inspiration d'un Wan, lui piquant d'ailleurs ses tics de mise en scène (le renversement de la caméra par exemple), mais il parvient à délivrer la marchandise en filmant le spectacle de façon posée et maîtrisée, tout en assumé le côté cartoonesque de la plupart des situations.


On a beau en être au huitième épisode, le capital plaisir coupable se perpétue avec The Fate of the Furious : c'est indéniablement ringard et stupide, mais la mécanique généreuse et bien huilée livrent un spectacle incroyablement régressif, dégageant une sympathie et une camaraderie contagieuses. Les roues glissent sur la goudron, dans les airs et sur la neige, de la surenchère virile, et on se surprend à en demander plus pour savoir jusqu'où ils vont aller, le poing serré, le sourire en coin.


Commentaires

  1. Comme le 7, j'ai trouvé cela divertissant et fun mais il manque un truc. Là par exemple je trouve le twist plus tiré par les cheveux que jamais (et pourtant Chris Morgan en a eu pas mal sous le capot). Sans compter des poursuites malheureusement pleines de cgi. On revient un peu trop aux travers du 2, du 3 et du 4.

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