Critique : The Lost City of Z


Avec The Lost City of Z, James Gray livre le meilleur du cinéma, celui de l'obsession. L'obsession de l'inaccessible, du mythe : le cœur même de l'intrigue et des motivations du protagoniste principal, d'une part ; mais aussi celle d'une cinéaste à la recherche d'un art perdu, invoquant l'aventure classique d'un David Lean ou d'un John Huston, filmant intégralement en 35mm face aux pires conditions de la forêt tropicale colombienne. En résulte un objet qui brille de mille feux, transpirant le Septième Art par tous les pores, sublimé par la fantastique photographie de Darius Khondji. La texture foudroyante de l'image n'a d'égale que la portée mystique de son récit, entamée dès la première image du film, sublime spectre d'une soif de découverte qui ne nous quittera pas pendant les deux heures qui suivront. C'est sans compter le dernier plan, ultime coup de génie qui nous caresse la pupille tout en ouvrant les portes de notre interprétation. Cette dimension spirituelle trouve sa force lorsque Gray n'hésite pas à étreindre toute l’ambiguïté du personnage, cœur d'un film éminemment subjectif (jusque dans le travail du raccord d'image digne de Kubrick). Fawcett est un homme emprisonné par les limites d'un monde sceptique, et sa verve de dépasser les frontières du connu nourrit finalement ses propres contradictions, dans le caractère épique comme intime, faisant naviguer le métrage aux confins de la chimère lovecraftienne : c'est là, dans les lianes de l'ambition, face à l'inconnu fantasmé, que l'Homme transcende sa foi, sa légende. Magnifique épopée initiatique à la conquête de l'âme terrienne, The Lost City of Z est un chef d'oeuvre de cinéma qui, avec les années, conquerra sans aucun doute l'aura classique d'Apocalypse Now et Aguirre.


Commentaires

  1. Comment ne pas être d'accord ? Le film resplendit certes, mais ses feux sont tamisés par Khondji, décidément très en phase avec l'esprit Gray. Ses images inspirées des tableaux de Rousseau font l'effet d'un territoire irréel, à la conquête d'un monde englouti. La jungle lui appartient, ça c'est sûr.

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