Critique : Logan


Après l'exercice noir anti-hollywoodien et sous-estimé qu'était The Wolverine, James Mangold retourne derrière la caméra pour Logan, perpétuant et achevant sa vision radicale de notre cher griffu sauvage. Pour son ultime baroud d'honneur, le réalisateur a eu un appétit vorace pour l'hémoglobine et la déchirure - étonnante surprise qu'un blockbuster à 120 millions de $ délivre une violence aussi extrême. Mais c'est au bout du compte embrasser la vraie nature du personnage, bestiale, enragée, incontrôlable, jamais réellement exposée sur grand écran. Et enfin y assister, avec les moyens, est une jouissive révérence. 


On pense évidemment à Beyond Thunderdome et The Last of Us avec ce road-movie aride au doux fumet post-apocalyptique, mais ce sont d'autres consciences référentielles qui rendent l'exercice touchant : d'une part l'objet du comics, ici berceau d'ambitions vitales ; puis la double-citation directe du western Shane de George Stevens, qui en plus de contaminer la forme même du film, néo-western en soit, est la racine des deux moments les plus bouleversants. 


Sous le sable embourbé par le sang, cette ultime aventure est aussi un constat incroyablement amer de l'Amérique, où seuls les jeunes bobos artificiels et patriotiques ont accès aux paillettes, où les mexicanos s'enferment dans leurs stéréotypes, où ceux qui sont différents, face à la haine et la perdition, engagent par eux-mêmes le chemin des frontières : en somme, il a tout du premier blockbuster de l'ère Trump, ultra-violent, effrayant, désespéré, presque vulgaire s'il n'avait pas cette constante lueur d'espoir. 


Épilogue cicatrice, Logan offre surtout à Hugh Jackman l'opportunité finale de lâcher les chiens de sa performance, aux côtés de l'étonnante Dafne Keen, histoire d'achever son rôle phare et connu de tous dans un bain de sang et de lumière, sa route de la fureur avec le soleil comme horizon. Désormais il n'y a plus d'armes dans la vallée : le tapis est déroulé devant les super-héros à venir, qu'ils puissent ravaler leur sourire en coin et enfin y déverser leurs tripes.


Commentaires

  1. Days of future past avait déjà su montrer un univers post-apocalypse désastreux, violent et sans avenir. Logan enfonce le clou dans une timeline différente mais tout aussi régressive. Si DOFP était un brin émouvant, Logan explose le cursus. La tristesse, les regrets (amusants que ces deux choses soient également présentes dans l'autre gros film de la semaine, un certain T2), la violence comme seule défense ou recours imprègnent tout le film. Les cadavres s'alignent avec le même constat: la haine finit toujours par revenir sous une autre forme et l'Homme en est toujours l'unique responsable. Reste une chose à savoir: comment la saga va finalement se renouveller. Via le délire des voyages dans le temps avec Deadpool 2? La continuité d'Apocalypse? Des spin-off en veux tu en voilà mais qui n'auront peut être voire surement pas la force de ce film ou de The Wolverine? Ou bien la télé avec Legion et la nouvelle série qui se prépare chez Fox? Nous verrons bien, mais comme je le disais chez moi, l'avenir des X Men n'est pas tout tracé et la Fox va devoir faire attention à ne pas se casser la gueule comme DC qui accumule les projets sans les concrétiser véritablement (on voit ça avec Gambit qui est actuellement sans réalisateur et encore moins avec un scénario fiable).

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  2. Tu parles d'or, ainsi que Borat précédemment. La tuerie annoncé dès le premier trailer a bien eu lieu. Elle est magistrale, surpasse à bien des titres ce qu'on pouvait par ailleurs en attendre. Mangold s'est emparé de la franchise et a taillé dedans selon son bon vouloir, en artiste comme en auteur. Malgré l'espoir qui s'évade dans les sous-bois canadien, je peine à croire qu'il puisse y avoir un après de cette teneur.

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    1. Ravi de lire que tu as beaucoup aimé, compte tenu que tu avais été déçu par certains crus récents de la franchise.

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    2. J'avais vraiment aimé "The Wolverine" déjà signé Mangold. Mais c'est vrai que le retour de Singer sur "days of future past" m'avait pas mal déçu (Pas vu le dernier mais j'avoue qu'il ne fait pas spécialement envie).
      Là, on est à autre niveau, clairement.

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    3. Si tu n'as déjà pas aimé DOFP, je pense que tu aimeras encore moins Apocalypse. Déjà qu'il m'a énormément déçu.

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