Critique : Kong - Skull Island


Nouvelle resucée du mythe King Kong, Kong : Skull Island a la tâche ardue de passer après le remake de Peter Jackson, fantasme épique aux émotions titanesques. Pour cela, Jordan Vogt-Roberts, fraîchement pêché dans le cinéma indépendant, décide de foncer tête baissée dans le gros spectacle pulp déchaîné, sous le signe divin (et envahissant) d'Apocalypse Now de Coppola. Assumant à l'excès son aspect série B, de la typographie qui tache à la photographie brûlante de Larry Fong, en passant par toute la galerie clichée des chansons utilisées dans les films sur le Vietnam, cette refonte y trouve sa totale efficacité. Ne perdant pas de temps à entamer son aventure, le métrage livre très vite sa généreuse galerie de monstres, qui au détour de nombreux moments de bravoure offre quelques précieuses idées (les araignées géantes aux jambes de bambou, le monstre caché dans le brouillard qui avale le flash d'un appareil photo). Mais l'action s'étouffe progressivement, vers un combat final entre fourmis et géants qui tourne à vide, ceci à cause du défaut majeur du film : cette opulence monstrueuse est aussi colossale que son vide scénaristique et l'insipidité de ses protagonistes. C'est simple : il n'y a pas de personnages, seulement des pantins. La plus grande frustration est le rôle de la sublime Brie Larson, qui se résume à une photographe contre la guerre ; quant à Tom Hiddleston, il campe un ex-soldat expérimenté et bad-ass, mais l'erreur de casting est bluffante tant l'acteur libère le charisme d'une palourde. Dans ce vide où il n'y a ni caractérisation ni enjeux, seul le personnage de Samuel L. Jackson livre le timide spectre de la frustration américaine... Exercice aussi jubilatoire que maladroit, laissant sans vergogne de côté ce qui ne l'intéresse pas, Kong : Skull Island est à l'image du roi singe qu'il met en scène : démesuré, iconique, peu intéressé par l'humain, le regard tourné vers l'horizon où l'attend la promesse d'un combat apocalyptique.


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