Critique : Billy Lynn's Long Halftime Walk / Un Jour Dans la Vie de Billy Lynn


Ben Fountain, auteur du roman à l'origine du film, eu l'idée de l'histoire de Billy Lynn's Long Halftime Walk après avoir assisté à un match de football surréaliste, où des soldats temporairement revenus du front étaient parmi les spectateurs. Il s'était retrouvé choqué du contraste entre la présence sensible de ces personnages et l'artificialité totale de l'évènement : "Un ménage surréaliste et psychotique du patriotisme, d'exceptionnalisme américain, de militarisme, de musique pop et de porno soft, témoigne-t-il. C'était le truc le plus dingue que j'ai vu, mais tout le monde semblait trouver ça normal, les spectateurs comme les médias".


Avec le film, Ang Lee traduit à merveille cette Amérique over-the-top, sa représentation éclatante et disproportionnée des héros nationaux, par le biais du médium cinématographique poussé à l'excès. Le cinéaste a filmé Billy Lynn... avec un procédé dernier cri, d'une part en 3D native, mais aussi en résolution 4k en 120 images par seconde (contrairement aux 24 images d'un filmage traditionnel). Dans sa forme naturelle, malheureusement boudée dans nos salles obscures, le métrage suit cette logique de tous les excès, médium qui paradoxalement embrasse le réalisme total de l'image, la fluidité et le détail, la profondeur de champ. Deux textures différents se font alors face : le film embrasse d'une part les fioritures indécentes de la représentation américaine, mais aussi la subjectivité omniprésente du protagoniste principal. Ce choc ambigu dénonce radicalement la fabrication du héros américain, ainsi qu'un système qui abrutit le peuple sans chercher à comprendre ses âmes perdues.


Cette subjectivité installe tout le long du film des astuces visuelles et narratives un peu usées, à la limite du kitch, mais Lee les utilise pourtant avec talent : un feu d'artifice ou un coup de poing sur la table qui résonnent comme un coup de feu ; une image qui tourne partiellement au noir & blanc pour donner vie à l'imagination du personnage ; ou encore l'utilisation fréquente du regard caméra dès qu'un protagoniste cite une réplique essentielle... Dommage que découvrir le film dans sa forme native en salles soit une épreuve, pourtant le meilleur moyen de découvrir le film dans sa proposition la plus pure.


L'autre parti-pris d'Ang Lee ici est de filmer au plus près ses acteurs, casting incroyablement hétéroclite entre jeunes talents et stars hollywoodiennes. Le film invoque très souvent le gros plan, pour user avec précaution et symbolique les cadres plus larges. C'est au service d'un de ses autres atouts majeurs : le jeune comédien Joe Alwyn, qui fait ici sa première en tant qu'acteur devant la caméra, visage d'ange torturé par la guerre et son pays, aussi juste que touchant.


Billy Lynn... tend plus à patiner dans sa seconde moitié alors que l'interrogation du retour au front s'impose dans la narration. Mais dans son esthétisme extrême et jamais gratuite, une constante chez Ang Lee, ce dernier signe une œuvre qui nous met sous le nez l'opposition ultra-violente entre le parcours terribles des soldats américains, torturés, abandonnés, et la vision des grosses machines qui cherchent l'héroïsme, le frisson, le spectaculaire, la déformation. Lee installe toutefois ce contraste avec une poésie mélancolique, chronique interne du décalage américain et de sa soif publique insatiable.


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