Critique : Silence


Fervent catholique s'étant essayé au séminaire à l'âge de 14 ans, Martin Scorsese a parsemé sa filmographie de foi et de spiritualité, de Mean Streets à La Dernière Tentation du Christ en passant par Kundun. Cherchant à concrétiser l'adaptation de l'oeuvre originale de Shusaku Endo depuis vingt ans, Scorsese réalise avec Silence le projet d'une vie, une oeuvre testament où il questionne avec verve la question de la croyance. Pour son métrage probablement le plus personnel et surtout le plus exigeant, le cinéaste invoque l'épure totale, délaissant son énergie visuelle reconnue pour une quête initiatique aux limites de la contemplation. Cette retenue ne plaira pas à tout le monde, d'autant plus qu'il ne cherche pas l'émotion ni l'identification pour les personnages, toujours prosterné devant son questionnement fondamental. Mais on ne pourra renier la puissance formelle du film, de l'utilisation du 35mm aux lumières naturelles de Rodrigo Prieto, en passant par l'austérité fascinante de l'environnement sonore où jamais une plainte de souffrance hors-champ n'a été aussi tétanisante. Vous n'aurez pas à partager les mêmes fondements intimes de Silence pour vivre la puissance indéchiffrable de ce chemin de croix, un grand film de cinéma aussi strict qu’enivrant où dans la brume de la douleur vacille le feu fragile de la conviction.


Commentaires

  1. Entièrement d'accord ! A revoir pour y puiser multiples interprétations comme les grands chef d'oeuvres :)

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    1. J'en suis ravi ! ^^ C'est ça, je vais fort probablement aller le revoir en salles pour redigérer tout ça, je n'arrive pas à exprimer ou donner forme à tout ce que j'ai ressenti devant ce film. C'est à ça qu'on reconnaît les chefs d’œuvres ;)

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    2. Oui plus j'y repense de mon côté plus je pense que c'est l'apothéose du cinéma de Scorsese, une grande oeuvre puissante et essentielle en ces périodes ou l'on croit facilement à n'importe quoi

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  2. Eh bien ma foi, je suis ravi de trouver ici un apôtre de cette puissante controverse théologique qui réunit à la fois l'intime et le grandiose. Eminemment scorsesien.

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    1. En effet, apothéose de tout un axe de sa filmographie et de sa vie.

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  3. Un film d'une grande puissance émotionnelle effectivement, même si l'on ne se sent pas proche de la religion. J'en suis sortie un peu "lessivé" par sa force et sa longueur non négligeable. Maintenant, j'ai ressenti ce film comme une apologie de catholicisme et cela me dérange un peu que les "envahisseurs" soient glorifiés et et ne cessent de prétendre qu'ils possèdent l'Unique Vérité sans jamais s'ouvrir ne serait-ce une seule seconde au bouddhisme.

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