Critique : Jackie


Portrait aussi morcelé que l'esprit de son héroïne, Jackie navigue entre cinq temporalités pour ériger le mythe de cette grand dame, femme et mère du peuple américain. Ces allers-retours dans le temps, brutaux, perturbants, sont synonymes du champ/contre-champ torturé d'une figure publique terrassée. Le montage se noie malheureusement dans ce voyage post-mortem, visant tellement l'épure de l'anti-biopic qu'il en devient assez conventionnel. Ce deuil ardu, ces souvenirs fugaces, sont empoignés par une ambiance austère, aux confins de l'horreur, servis par une bande originale qui en fait beaucoup trop. Ce qui n'empêche pas Pablo Larrain de livrer une poignée de plans fantastiques de beauté, le 16mm cristallisant l'image comme le marteau creuse le marbre de l'Histoire, sans pitié. Natalie Portman, quant à elle, sublime le charme impérieux du personnage, explose les larmes de sa douleur. Jackie peine à invoquer l'émotion, préférant l'archive froide de l'image et de l'âme, l'autopsie brisée d'une épreuve, un voile noir se mouvant sous la houle glaciale du temps.


Commentaires

  1. Cette brève histoire de "Jackie" a marqué davantage mon ressenti , mais je confirme néanmoins les qualificatifs. L'austérité est de mise chez Larrain mais dans ce récit fractionné il ressort aussi un intense portrait de femme qui renverse la tragédie au bénéfice de l'édification d'un mythe.

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    1. De sages paroles, même si je n'ai pas été totalement sous le charme de ce portrait morcelé.

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