Paroles de Réalisateur : Tim Burton, Edward Scissorhands


Extraits choisis du commentaire audio de Tim Burton
- Blu-Ray Edward Aux Mains d'Argent, édition 25e anniversaire,
20th Century Fox, décembre 2015 -


"J'aime toujours dans les génériques d'ouverture donner des indices sur ce à quoi le film va ressembler. Surtout lorsqu'il s'agit de conte de fées, ou un film qui n'est pas très réel. Il faut installer le ton visuellement, et le générique est toujours un bon moyen de faire ce genre de choses. Il permet aussi de donner le ton musicalement."

"Quand j'ai rencontré Johnny, j'ai tout de suite su que c'était la bonne personne. Je le sentais. Je ne connaissais pas trop son travail, je n'ai jamais vu 21 Jump Street, mais j'avais vu quelques uns de ses films. Denise, la productrice, et moi-même l'avons rencontré et on a tout de suite vu qu'il avait cette qualité, rien qu'en lui parlant. Ça se voyait dans ses yeux. C'est un aspect important du personnage, le fait de ne rien dire, de simplement projeter une idée comme un acteur de film muet. Il a aussi compris cette dynamique de perception décalée, c'était l'idole des jeunes mais au fond ce n'est pas ce qu'il ressentait en lui. Cette idée est profondément encré dans son personnage."

"J'ai eu l'idée de ce film lorsque que j'étais adolescent. J'aime dessiner depuis que je suis petit, j'avais des tonnes d'images dans la tête, ces choses-là vous restent et je me mettais à les dessiner. J'ai dessiné ce personnage il y a très longtemps, et j'y ai beaucoup pensé. Je pense qu'il représente ces années d'adolescence lorsqu'on se sent différent, incompris... ce genre de choses très classiques. Grandir à Burbank a contribué à renforcer ce sentiment pour moi. C'est très représentatif de toutes les impressions et perceptions que j'avais à cette époque, à cet endroit."

"Au départ, j'avais dessiné le personnage d'Edward avec des instruments plus tranchants. L'aspect émotionnel était qu'il ne pouvait rien toucher, il avait des émotions et voulait sentir les choses, mais à cause de ses doigts tranchants, il ne pouvait en fait toucher personne... C'est donc un conte de fées très classique. Et ce sont devenus des ciseaux à cause du genre et... vous utilisez ce qu'il y a autour de vous, dans votre environnement, et ces ciseaux sont devenus le but visuel du film."


"C'est toujours bien d'avoir l'opportunité de construire les décors. Je pense que ça aide tout le monde. Les acteurs, moi-même... pour faire croire que c'est vrai, qu'on vit vraiment là."

"Le premier film que j'ai réalisé était un court-métrage, Vincent. Je me souviens l'avoir envoyé à Vincent Price, sous forme d'une petite brochure, et il m'a répondu. C'était incroyable car ça a été la première personne, avec une telle réputation, à m'avoir vraiment soutenu. Pour moi, quelqu'un comme lui que j'avais idolâtré, pouvoir le rencontrer, il était si gentil, c'était une expérience formidable. Et ensuite ce rôle, qui avait beaucoup de signification, a pris encore plus d'importance lorsqu'il l'a accepté. C'est le genre de petit rôle qui est très spécial, et quand vous avez quelqu'un comme lui, ça améliore tout."

"On a donné ces mains à Johnny bien avant le tournage (...) Certaines cicatrices sur son visage étaient vraies au début du tournage. On voit très vite ce qu'il arrive lorsqu'on a des mains comme celles-ci."


"Le costume d'Edward est fait d'une combinaison de choses... Je crois que nous avons utilisé du latex, du cuir et du naugahyde. Nous avons aussi utilisé le vieux canapé de mon premier appartement. Il y a du scotch noir, dont on a eu besoin tout au long du tournage. Johnny avait un costume climatisé sous un autre costume, ce qui finalement augmentait encore plus la température de son corps. C'était assez difficile pour lui car, pendant le tournage en Floride, il a fait très chaud et humide. Être couverte de la tête aux pieds de maquillage tout le temps, et en plus ne pas pouvoir se servir de ses mains, ce n'était pas évident."

"Dans ce quartier où nous avons tourné, on a dû envahir l'endroit en louant 50 maisons dans le voisinage. Les gens qui habitaient là sont allés quelque part pas loin... peut-être un motel Super 8, ou autre chose... Et certains ont été figurants, jusqu'à ce qu'ils s'aperçoivent comment c'était vraiment, et ils préféraient retourner à un travail mieux payé, plus facile, car c'était assez dur. Il faisait chaud, on travaillait pendant de longues heures. Je pense que l'idée glamour du show-business est vite passée."

"Je n'ai pas fait raser les sourcils de Johnny, nous les avons camouflés... Les gens sont bizarres par rapport au rasage ! Ils se rasent la tête, ils se rasent le corps, mais les sourcils... ça fait un peu peur. On a donc dû mettre des pièces de maquillage et des cicatrices. En plus des vraies."


"Je me souviens de cette dynamique de mon quartier, on ne voyait jamais personne dehors, sauf quand il se passait quelque chose d'inhabituel dans le voisinage, un petit accident de voiture, une scène quelconque. Alors tout le monde sortait et ça se transformait en une grande fête de quartier. C'est toujours intéressant de voir que ce genre de phénomène étrange rendait les gens sociables."

"Jusqu'à la fin de sa vie, Vincent Price a été quelqu'un de vraiment extraordinaire. Si élégant, un esprit formidable, toujours positif. Je me souviens de lui, de la première à la dernière rencontre, toujours intéressé par tout, très généreux envers lui et ses sentiments. Je pense qu'il a, pas seulement pour moi mais aussi pour Johnny, vraiment embelli son jeu d'acteur grâce à la nature de sa personnalité, donc c'était vraiment bien."

"Malheureusement, la scène de dégustation a été tournée vingt fois, Johnny a dû faire vingt prises... Deux choses ont fait vomir Johnny pendant le tournage, là ça a été le cas, et aussi lors d'une autre scène où il doit courir. En tout cas je ne m'en souviens que de deux."


"Je dessinais la plupart du temps quand j'étais jeune, et j'aimais les films avec des monstres et je m'en inspirais. Mais je n'ai jamais pensé que ce que j'aimais dessiner était sombre, car la plupart des idées, surtout quand elles restaient longtemps en moi, avaient une émotion sous-jacente, donc je ne les voyais pas comme étant sombres. Elles semblaient au contraire plus positives... Même les films avec des monstres n'étaient pas si sombres, donc j'ai toujours eu une vision détournée de ce genre de films."

"En Floride, surtout lors de ces scènes en extérieur, il y avait tant d'insectes qu'on ne pouvait pas tourner. C'était comme le film au plus gros grain du monde ! Le plan se retrouvait rempli de ces bestioles noires... Étrangement, la Floride est un environnement ingrat pour tourner un film."

"L'un des grands thèmes pour moi était de montrer un environnement familial dans un certain type de banlieue, où vous ne savez pas vraiment ce que les gens ressentent. Il n'y avait pas vraiment, à l'extérieur de chacun, d'indices émotionnels. Les choses étaient toujours très superficielles, dans mes souvenirs. Vous n'aviez jamais l'impression que les choses pouvaient aller plus loin, ce n'était que de la surface... Je me souviens avoir pensé, en regardant Frankenstein et les villageois en colère, que cela me rappelait des choses qui se passaient dans le quartier, car on avait l'impression qu'ils ne pouvaient jamais voir le côté individuel ou émotionnel des choses. Je me suis toujours senti comme les villageois dans Frankenstein."

"Je ne sais pas si c'est à cause des médias, mais nous en sommes à un point où les gens ne donnent plus l'impression de ressentir les choses, de vraiment les connaître. Il y a toujours plus de listes, les gens classent les gens, des magazines qui classent tout par catégories. Ça pousse les gens à penser dans le même sens, et je ne sais pas si c'est bien."

"Nous sommes vraiment dans une période où l'influence des médias fait que la réaction des gens peut vite changer la face des choses, les gens réagissent sans sentir les choses, et c'est de plus en plus le cas."


"Bien sûr, il n'est pas facile d'obtenir de la glace ou des températures froides en Floride. Nous avons donc filmé une partie des plans sur place en Floride, et l'autre dans un frigo à viande de Long Beach (...) Nous avons utilisé de la vraie neige; ainsi que des flocons en plastique et une sorte de matière brillante. Tout ça pour obtenir une matière mouillée, mais aussi scintillante."

"Il y a certaines scènes, notamment une où l'on voyait Edward à l'hôpital, qui ont été tournées le premier jour de tournage et qui n'ont pas été utilisées. D'une part parce qu'on n'en avait pas besoin, et d'autre part à cause du maquillage, bien que nous ayons fait des essais auparavant. Les premiers jours, ça a pris du temps pour trouver le rythme et à quoi Edward devait ressembler, donc son aspect était un peu différent dans ces premières scènes par rapport au reste du tournage."

"J'ai travaillé avec des chiens et des chevaux. Les chevaux n'aiment pas vraiment le show-business, mais les chiens si, ils ont vraiment l'air d'apprécier le show-business, ce son les seuls animaux. Tous les autres n'aiment pas... Je ne sais plus si c'était Johnny ou Caroline, mais les acteurs puisent dans leur inspiration pour jouer, et l'un d'eux a pensé à un chien qu'il ou elle avait eu. C'était aussi un aspect du personnage. C'est une qualité simple."


"C'était bien de pouvoir faire ce final comme on l'avait imaginé. Souvent, quand vous faites un film pour un studio, ils veulent que vous fassiez un happy-end. Et ce qu'il y a de bien dans de nombreux contes de fées, c'est qu'ils finissent différemment. C'est en fait ce dont il s'agit ici. Je suis content que nous n'ayons pas dû nous évertuer à changer la fin ni quoi que ce soit. Cela donne la possibilité de finir sur une note douce-amère. J'étais soulagé de ne pas être passé par cette lutte."

"J'ai eu de la chance sur ce projet, car le studio a saisi le côté original du film. J'ai déjà vécu ces expériences où, comme dans mon court-métrage Vincent où l'enfant a l'impression de ne pas vivre à la fin du film, même si c'est dans sa tête, ils voulaient qu'il se lève et marche pour avoir le happy-end, ce qui était à l'opposé de mon idée. Donc j'ai vraiment eu de la chance, notamment pour la note nostalgique et douce-amère de la fin. J'ai été assez chanceux de ne pas avoir à mener ce combat."


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