Critique : The Revenant


Commençons directement dans les cimes démesurées qu'Iñarritu et DiCaprio atteignent ici désespérément : qu'on se le dise, The Revenant est le genre d'expérience qu'on ne vit qu'une seule fois tous les dix ans dans une salle obscure. Déballant les entrailles de la survie sur le somptueux tapis du grand spectacle, tout en déversant ses évidentes influences du cinéma introspectif de Tarkovski, le réalisateur de Birdman perpétue son cycle formel du temps et du mouvement, installant de somptueux plans-séquences et danses du cadre dans une splendide nature hostile où l'Homme, victime d'une morsure primitive, retrouve son statut bestial et sème un onirique chaos. Difficile pour certains de trouver du cœur sous ces tripes : filmé en grand-angle sous la lumière naturelle prodigieuse de Lubezki, il est purement impossible de nier la réussite formelle du film, mais des spectateurs pourront contredire l'émotion délivrée. Iñarritu ne cède tous simplement pas aux chemins guidés du pathos, notre gorge se nouant finalement dans la longueur d'un plan où le vivant se repose sur le mort, où la contemplation de l'image-temps est happé par le miroir brisé du rêve, où un regard-caméra impose avec surprise l'ultra-violence de sa question... Face aux cris du vent, l'arbre fort jamais ne rompt : The Revenant, odyssée magnifique et expérience surpuissante, est l'objet cinématographique même de la performance et de l'obsession, devant et derrière la caméra, aux confins de la survie.


Commentaires

  1. Bonjour,
    très belle analyse, j'ai moi- même eu l'impression de vivre une expérience cinématographique unique avec ce film . Le terme "chef d'ouvre" est parfaitement adapté ! Je ne m'en remet toujours pas 2 jours après !
    Au plaisir de te suivre sur allociné
    Ludovic ("star forever" sur allociné)
    Ludovic

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    1. Merci cher anonyme ;) De même, j'ai eu beaucoup de mal à m'en remettre, difficile d'en parler même à ce jour je trouve, et même après l'avoir vu une seconde fois. À bientôt !

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  2. Une apnée saisissante dans une Amérique quasi-préhistorique, où une civilisation en bouscule une autre sous le regard stoïque d'une Nature impérieuse. Grand film, qui tout de même parfois s'égare en des rêves pompeux. Qu'importe, la force du récit au doux parfum de mythe, une héroïque fantaisie (Glass mord le poisson tel Gollum) qui sert de fondation à tout un pays, nous tient en haleine de bout en bout. Bien bel article au passage.

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    1. De jolis mots pour cette expérience incroyable. Ces scènes de rêves, certes dispensables, ne m'ont pas choqué, cette frontière de la réalité et du rêve demeure palpable dans tout le film, transcendée par la dernière séquence sublime.

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  3. Certes c'est un film qui se veut extrêmement sensoriel.
    Peu de paroles et de dialogues tout passe par les émotions, celles des acteurs et celles du réalisateur qui nous les transmet avec sa caméra. Techniquement c'est parfait.
    Une vision très naturaliste d'Inarritu, certain plans m'ont fait penser au Nouveau Monde de Terrence Malick.
    Seul reproche que je peux lui trouver, un film qui se veut peut être un peu trop contemplatif, ce qui implique certaines longueurs et qui n'est pas parvenu à me bouleverser autant qu'avait pu le faire Birdman.

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    1. Oui en effet le film reste très Malickien. Un gage de qualité quand même ;) Le cinéma contemplatif est très exigeant, mais c'est une contemplation sublimement tenue je trouve ^^

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