Critique : Crimson Peak


Le grand amoureux des monstres Guillermo Del Toro livre avec Crimson Peak son oeuvre la plus aboutie visuellement, déchaînement d'images iconiques et de décors somptueux dans un gigantesque cabinet d'idées qui pousse constamment le cadre à épouser la puissance tragique qu'il enferme. L'histoire, dans son plus simple appareil, se révèle avant tout comme pic du souffle référentiel qui anime le cinéaste, cinématographique, littéraire et pictural, assumant comme jamais l'essence de son imaginaire pour mieux nourrir le conte gothique qu'il nous offre. On pourrait certes regretter le manque de chair du récit, mais ce serait ignorer la force première du film et essentielle au travail de Del Toro : le médium cinéma dévoué corps et âme à l'histoire qu'il sert. Des palettes variées de terrifiants spectres à la respiration sanguinolente d'une demeure labyrinthique, de l'oppression de la profondeur de champ aux excès du jump-scare, chaque brique de la direction artistique et de la mise en scène, même imparfaite, construit la demeure de la passion qui dévore les protagonistes, poison inhérent qui marque le temps et l'âme tel le pourpre imbibant la neige.


Commentaires

  1. Pas vu (je vais plutôt me perdre sur Mars avec Matt Damon, mon ciné ayant décidé de ne pas faire pénétrer l'univers du Dr. Del Toro entre ses murs) mais tout le monde semble reconnaitre à ce Crimson Peak la qualité de son atmosphère. À voir, sans doute en vidéo me concernant.

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    1. Je préfère la ténébreuse passion de Del Toro au feel-good movie de Scott, personnellement, après les deux ont leurs failles scénaristiques, Crimson n'en raconte pas assez, The Martian en raconte trop ^^

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  2. Trop de jump scares (d'autant que la musique en rajoute une couche à chaque fois) et un peu trop prévisible à mon sens. Mais le voyage dans les méandres de cette batisse est très intéressant et Guillermo del Toro se fait plaisir avec cette histoire d'amour sur fond de maison hantée. Les autoréférences (Mama, Cronos, L'échine du diable, Hellboy 2, Silent Hills...) sont présentes mais pas désagréable, permettant une cohérence supplémentaire dans une filmographie aussi courte que familière pour le spectateur assidu.

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    1. On en a déjà discuté, je suis d'accords avec ces jump-scares trop artificiels, c'eut été plus efficace sans cette illustration sonore. Mais bon cela ne gâche jamais le plaisir que nous donne Del Toro.

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  3. La palette des couleurs et des références est effectivement très bien choisie mais je trouve que le numérique n'aide pas les fantômes à avoir une gueule d'atmosphère. Comme Borat, je reste légèrement circonspect, surtout par rapport à la cohérence narrative de l'ensemble.

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    1. Le numérique reste assez discret je trouve sur la figure des fantômes, on sent encore une bonne pâte artisanale, palpable, qui me plaît bien. Sinon je comprends tes réticences sur la cohérence narrative, Del Toro s'est un peu reposé sur les lauriers de la romance gothique.

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  4. J'ai bien aimé moi ! C'est pas le genre de film où il faut chercher la cohérence narrative je trouve... L'univers gothique suffit à lui même. Les acteurs sont bons, dans des rôles sympathiques.

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    1. Oh mais moi aussi ! ^^ Je te rejoins pour dire que l'univers et le design gothique sert à 100% l'histoire qu'elle raconte. Rien n'est gratuit.

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