Critique : Haemoo / Sea Fog - Les Clandestins


Shim Sung-Bo n'a certes pas la maîtrise radicale de ses confrères Bong Joon-Ho et Park Chan-Wook, mais le scénariste sud-coréen signe avec Sea Fog une première réalisation à la viscéralité aussi ambiguë que désarmante. Le film navigue habilement entre les tons et les genres, de l'absurde au tragique, du drame social à l'horreur. Dès que l'ancre est posée dans l'illégalité et que la brume fait son apparition, substance tellement cinématographique, le métrage sombre avec délice dans le fantastique insidieux, les protagonistes d'abord attachants se métamorphosant en leurs obsessions et psychoses. Le politique empoisonné par la rage, on assiste à une pure œuvre de la transformation, celle des figures et du décor, celle face à l'injustice et la mort, au rapport à l'autre et au changement social. En son cœur, la romance en premier lieu naïve se consume en passion pour échouer comme ultime collet : les dernières minutes se révèlent alors touchantes et lyriques de ténèbres, résultante d'une noyade économique dont la seule bouffée d'air est l'espoir malade. Jeu de massacre aussi morbide que fragile, Sea Fog n'échappe pas aux maladresses mais, dans une belle réussite technique, nous livre une virée au changement de cap frénétique.


Commentaires

  1. Un bon film, très bien fichu, mais perso, j'ai trouvé qu'il abandonnait bien vite les jolies nuances de la première demie-heure pour sombrer corps et âme dans une mécanique de survival dépourvu d'intensité.

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    1. Ah justement c'est cette chute "corps et âme" dans cette mécanique que j'ai beaucoup apprécié. Après c'est un virage typique du cinéma sud-coréen, on aime ou pas ;)

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