Critique : Blackhat / Hacker


Dans l'organique ambiguïté de l'œuvre de commande et de l'exercice matriciel, Blackhat s'expose comme un thriller de haute volée qui puise sa force non pas dans les arcanes du genre, ici essoufflées, mais dans son onirique enlacement fataliste et stérile. Les protagonistes marginaux, incomplets, inexpressifs, quasi-spectraux, nourrissent le code binaire d'une mise en scène ouatée, parfois littéralement ambrée dans la subjectivité des figures et de la menace qui les englobe. Michael Mann y reste fidèle à lui-même pour notre plus grand plaisir, quitte à abandonner toute notion de didactisme et d'identification, le visage des acteurs se perdant dans la mise au point électrique des images numériques, la représentation cybernétique aussi précaire que la romance naissante auréolant un réalisme oublié : leur somme explose dans le climax final, ballet de formes chaudes à contre-sens, pantins inconscients dansant dans la masse d'un monde vain zombifié par la haute-technologie. Blackhat a beau refléter les quelques lueurs d'un spectacle désincarné, il se révèle pour tout spectateur qui daigne cracker les codes de son réalisateur comme le tableau explosif et abstrait de maux très contemporains.


Commentaires

  1. A part le méchant quelque peu foireux, le nouveau Michael Mann s'en sort vraiment bien. La technique est là, les acteurs jouent bien et le film est intéressant dans sa manière de parler d'un sujet en apparence peu cinématographique (des mecs qui font des attaques terroristes par ordinateur).

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    1. Voilà, fidèle à sa technique le Mann, et il livre un objet vraiment intrigant.

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  2. "ballet de formes chaudes à contre-sens" rien qu'avec ça, j'ai envie de retourner faire un petit tour dans les circuits du cyberthriller imprimé par Mann.

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  3. Hacker c'est juste de l'esbroufe & Mann a désormais sa carte de cinéaste has been ..
    Ce film présente au moins un avantage, il va donner la banane à tous ceux qui tâtent un peu en informatique.
    Pour finir, Hemsworth joue comme une merde.
    Bon dimanche. ;-)

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    1. Un verbe dont je ne me lasserais jamais, cher Ronnie ;) On ne peut pas plaire à tout le monde, ce film divise catégoriquement de toute façon.

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  4. On pompe rien Camarade @ta pompeuse littérature !

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  5. Je suis en totale opposition avec l'humeur maussade de Ronnie (pour qui rien de ce qui s'est tourné depuis que Cimino a refermé "la porte du paradis" ne semble avoir d'intérêt) ainsi qu'avec celle de cet Anonymous qui a appris à lire dans les lignes de code, et m'associe avec 2flics dans le lot de ceux pour qui ce fut plus qu'une bonne expérience. C'est clairement un des meilleurs que j'ai vu cette année mais dont la sortie a été scandaleusement sabotée.

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    1. C'est clair que Universal ne mérite guère de louanges pour la sortie en salles de ce film, j'ai eu la chance qu'une petite salle A&E à côté de chez moi ait pu le diffuser - plus d'un mois après la sortie nationale - sinon je l'aurais littéralement loupé.

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    2. Moi le palace cinéma de quartier de Metz mais à la date de sortie initiale (ce ne fut pas le cas pour It follows). Multiplexe invisible!

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