Critique : Selma


Rappel cintré d'un moment uniforme de l'Histoire américaine, Selma s'accapare la figure mythique de Martin Luther King non pas pour offrir une grande dramatisation élémentaire, mais plutôt se concentrer sur une prière intime, idéalisée, le genou à terre et le regard levé. Sobrement joué par Oyelowo, King est ici une idole propre, ses failles colmatées, ses intentions calibrées, navire porteur de multiples protagonistes qui malheureusement s'épargnent toute consistance. Mais malgré sa bienveillance didactique évidente, le film livre formellement parlant un peu plus de solidité, de la photo léchée aux soins décalés du cadre traduisant les doutes temporaires du personnage principal, le dispositif allant jusqu'à épouser à quelques occasions le motif de la surveillance et du document. Dommage que les idées de la réalisatrice ne transcendent jamais le sujet, la nécessité assumée troublant la passion mais pas la vibration. Lutte civique sommaire, Selma demeure un biopic propre, sincère et sans prétention vulgaire, tantôt touchant, tantôt soporifique, auquel manque du souffle et des ombres pour adéquatement faire rugir cette gloire mère de l'Amérique contemporaine.


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