Critique : Inherent Vice


Depuis The Master, Paul Thomas Anderson semble assumer radicalement ses exigences dans l'accès complexe d'une fascinante aura cinématographique. Inherent Vice emprunte de plein pied ce sentier, vaporeuse paranoïa éclatée dans lequel le spectateur doit totalement se laisser aller pour l'apprécier telle qu'elle est. Épousant l'esprit paumé de Doc, idole Lebowskienne en devenir et interprété par un Joaquin Phoenix effroyablement illuminé, le film nous enferme dans une intrigue décousue qui part en fumée pour mieux nous contaminer de ses volutes capiteuses, dispositif faussement expiatoire d'un trip subconscient du désenchantement où s'enchaînent finalement les douleurs ambigües de l'amour. Repaire d'ennuis éphémères où les figures désaxées s'échangent 2h30 durant quelques herbes follettes, Inherent Vice subjugue autant qu'il perturbe, sur-développement et laxisme éthéré empêchant d'apprécier pleinement l'absurdité fabuleuse de sa traversée... jusqu'à ce que l'ultime plan révèle alors toutes ses poussées mélancoliques, simple regard en arrière sur d'inépuisables illusions.


Commentaires

  1. Un trip délirant et fumeux où l'on part dans tous les sens en épousant le point de vue de son enquêteur. Et comme ça fume la moquette alors ça devient confus. Et donc encore plus fou! Le personnage de Josh Brolin est à lui seul un festival de gags jouissif. Je ne sais pas toi mais au vue du look de Phoenix j'ai pensé à John Belushi.

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    1. C'est vrai qu'avec ses belles rouflaquettes il fait penser à Belushi le bonhomme ^^ Brolin est en effet jouissif dans ce film - j'étais mort de rire devant la scène en voiture où il suce sa glace choco-babane :)

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    2. Moi ça a commencé au commissariat où il mime l'acte sexuel mais oui les glaces quelle rigolade. D'ailleurs mon ami m'accompagnant m'a suggéré que son personnage était peut être homosexuel. Tu en pense quoi?

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    3. Oh oui ça me semble évident qu'il soit homosexuel, surtout lorsque la dernier tiers évoque sa relation avec son ex-partenaire. C'est un personnage assez fascinant, ceci, aussi ses figurations fantasmées à la télévision, ses proportions à manger tout ce qui passe sous sa main, ses provocations téléphoniques, sa relation avec sa femme, même la fascination quasi-perverse que lui porte Doc... mais j'avoue je n'ai pas bien cerné le personnage ^^

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    4. Ou même sa femme qui le fait passer pour un gros gamin au téléphone alors que c'est un gros dur durant tout le film.

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  2. Brillant exercice de style, volontairement déceptif mais si riche rétrospectivement. C'est un trip, en effet, mais qui ne joue pas la carte du délire sous acide comme dans d'autres films plus ouvertement déjantés. C'est plutôt une descente désenchantée vers de sordides réalités sur fond de summer of love finissant.

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    1. Oui voilà, ce frustrant côté brumeux est volontaire, le décalage et le trip sont finalement beaucoup plus insidieux. Mais j'en attendais plus, je crois, malgré ces volontés.

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