Critique : Big Eyes


Peignant un délicieux portrait de femme tiraillée dans les affres de la vie et de l'art, Tim Burton, flegmatique et allégé, fait de Big Eyes un de ses films les plus personnels. Le cinéaste abandonne pourtant totalement sa pâte expressionniste et mélancolique, embrassant la réalité kitch et colorée de la banlieue de Edward Scissorhands, du réel émancipé de Big Fish, étreignant une grisante naïveté alors que l'humour caresse une effroyable emprise. Burton s'abandonne dans une certaine blancheur candide, pour alors affirmer à travers le récit véritable de Margaret Keane un constat doux-amer de sa propre carrière. Derrière la comédie dramatique à la narration et à la plastique limpides émerge un sous-texte fascinant, celui d'un artiste en proie au système, et plus subjectivement d'un cinéaste dans la toile des grands studios. La folie douce de Burton s'invite subtilement lorsque la conscience du protagoniste reprend le dessus, dans les rayons artificiels d'un supermarché où son art s'affiche en pure produit de consommation, lorsque une petite fenêtre de liberté la reflète au sein d'un huis-clos étouffant. Ce film est une œuvre-reflet, tel les yeux invoqués comme miroir de l'âme, Tim Burton y posant joyeusement ses problématiques personnelles à travers les yeux d'une artiste troublée dans un maelström de mensonges publiques, d'usurpation, de copies de copies. Cette quête d'identité artistique sucrée s'achève sur un procès climatique et atypique, où le réalisateur nous regarde alors droit dans les pupilles : Big Eyes, modeste chronique de déceptions et de décisions, est l'ultime témoignage d'un Tim Burton qui peint sa conscience, déclare son âme et signe son contrôle sur le cinéma de masse qui pense le contrôler, déclin chuchoté dont il se sait définitivement libéré.


Commentaires

  1. Quelle bonne nouvelle ! Il nous avaient un peu décontenancés, ces dernières années, l'ami Tim...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bon il ne signe pas son chef d'œuvre non plus hein ;) Il est vrai que Alice et Dark Shadows étaient franchement décevants. Mais le lynchage général sur ce Big Eyes me peine beaucoup, un brin facile et déchaîné, car Burton y livre un de ses travaux les plus personnels malgré l'apparat lisse et classique.

      Supprimer
  2. Je suis désolé, mais je ne vais pas te faire plaisir mon petit Maxou : je me suis royalement emmerdé devant ce biopic. Oui, c'est une œuvre reflet, et il est difficile de ne pas voir dans la carrière de Margaret Keane celui de Tim Burton. Mais bon sang, tout cela est si platement dépeint par la mise en scène et les acteurs, et la musique plaquée sur les images comme un gamin balancerait de la gouache sur une feuille blanche. Non, franchement, je suis déçu.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Shame on you !!! ;) Non franchement je comprends tout à fait qu'on n'adhère pas à ce dernier cru Burton. Après, pour être tout aussi franc, ça me vanne profondément de voir les mêmes gueuler sur son auto-caricature puis gueuler deux fois plus fort quand finalement il change et invoque une certaine sobriété qui traduit pourtant beaucoup de choses... Enfin bref.
      Par contre la musique d'Elfman ne m'a pas du tout donné cette impression-là, au contraire j'ai trouvé son illustration plutôt subtile... mais bon en fait je n'y ai pas prêté plus attention que ça.

      Supprimer
    2. C'est pas tant la qualité de la musique que la manière dont elle débarque dans le montage qui ne m'a pas convaincu. Cela m'a interpellé lors de la scène où Walter Keane débarque chez le galeriste prétentieux joué par Jason Schwartzman. La musique, type bossa-jazz, débarque, cours tout le long de la séquence (dont la puissance comique est d'ailleurs bien faible), et ne lui apporte rien, ni élégance, ni rythme. "C'est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup" comme dirait l'autre :)

      Supprimer
  3. Mauvais et très représentatif de ce qu'est devenu Tim Burton. Impersonnel, kitsch et ridicule et n'a plus rien a dire. C'est non seulement ennuyeux mais c'est surtout un film de scénaristes. Au point de dire que Burton fut un vrai tâcheron sur ce coup. Et Christoph Waltz est tellement pénible. Hâte de voir Dumbo là qu'on se fende encore plus la gueule du naufrage.

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Articles les plus consultés