Paroles de Réalisateur : Mathieu Kassovitz, Les Rivières Pourpres


Extraits choisis du commentaire audio de Mathieu Kassovitz
- DVD Les Rivières Pourpres, édition G.C.T.H.V., 2001 -


"On a changé le logo Gaumont, avec lesquels c'était une petite bagarre. C'était une première de changer un logo en France, et de l'adapter au film - ce qui est une tradition aux États-Unis depuis quelques temps. Et quand on s'attaque à des logos qui ont une histoire, c'est vrai que ce n'est pas facile de faire passer le morceau au début, mais on l'a fait, et ça a bien rendu."

"Par rapport au début du film, le personnage de Jean Reno dans le livre commençait par une scène très forte, où il tuait presque à mains nues un supporter de foot, un semeur de troubles. Et on s'est posé la question 'Comment commencer le film ?' pendant un moment car, par rapport au livre, c'était important d'amener Niemans d'une façon assez violente, puisqu'on n'a pas l'image du personnage et le lecteur doit s'inventer son personnage. Puis on s'est rendu compte avec Jean que, de par le fait qu'il soit Jean et qu'on ait besoin de présenter d'une façon assez sommaire, sa présence physique fixe ce qu'est Niemans. On n'a pas eu besoin de l'expliquer plus que ça (...) On avait fait un budget de la première séquence au Parc des Princes pour un match de foot, c'était pas intéressant au niveau du budget puis surtout pas intéressant au niveau du personnage."

"Ce lieu où on a tourné, les premiers jours où on est monté en hautes montagnes, là où on a reconstitué la fac, on avait deux jours de tournage sur le lieu. On a fait la première journée - cette journée-là - et quand on est revenu le lendemain, il avait neigé. Les comédiens avaient carrément les larmes aux yeux tellement il faisait froid, et la neige était derrière, on balançait de l'eau pour l'évincer... Donc une partie des explications de cette scène se sont barrées (...) Il y avait donc encore une page de texte, de discussions, où ils parlaient du corps là-haut dans la montagne et comment il était arrivé là, qui il était, tout ça... Je me suis retrouvé le soir à me dire qu'il fallait mettre ailleurs ces explications. Et à partir de là, chaque scène a commencé à bouger, puisqu'une explication arrivait, en poussait une autre, ainsi de suite."


"Ça foutait un malaise, le lieu, le corps au milieu (...) Moi qui suis réalisateur, je vais au cinéma et je vois un cadavre comme ça, je me dis 'C'est un vrai cadavre'. Je me demanderais comment c'est fait (...) Tout ce qui faut, c'est savoir où on investit les sous. Moi j'ai tout de suite dit à la production 'C'est simple, le cadavre il faut qu'il soit parfait. C'est là-dessus qu'il faut mettre de l'argent'. Il faut mettre de l'argent sur certains trucs spécifiques."

"Le personnage du docteur Chernezé dans le bouquin avait de l'importance, il tuait... J'ai fait une erreur que je regrette sur ce film. C'est qu'il y avait un personnage au début, quand Jean arrivait sur le lieu du crime, il tombait sur un jeune flic et qui en fait devenait son associé et partait vers une enquête qui le menait à Chernezé au tout début du film, et on entendait plus parler de lui. Au début j'ai voulu jouer ce rôle, et puis après je ne voulais plus. Je voulais quelqu'un d'un peu connu pour commencer, pour mélanger les pistes, pour faire dire au spectateur 'Tiens si il est connu c'est que ça va être le pote de Jean, c'est lui qu'on va voir pendant tout le film'. Et en fait il disparaît et finit tué par Chernezé, on s'en rend compte à 3/4 du film quand Vincent rejoint Jean. J'ai failli donner le rôle à Tara Römer, qui a disparu pendant le tournage."


"Cette scène-là, c'était pas mon premier jour de fâchage - j'étais fâché dès le premier jour - mais là c'était un grand jour de fâchage. En fait ce qu'on ne voit pas c'est que sur le toit il y a quinze batteries, trois systèmes avec des projecteurs... 150kg sur le toit plus l'ingénieur du son qui est dans le coffre. Et le retour vidéo, l'enregistrement vidéo de la scène, ne marchait pas. Eux partaient avec la voiture et moi je restais sur le bas-côté, et quand ils revenaient il fallait que crois tout le monde, les comédiens, que c'était bien (...) C'est des trucs tout con, un magnétoscope qui marche pas sur un tournage, mais ça peut prendre beaucoup de temps et coûter énormément d'argent à la production, car on peut ne pas tourner."

"J'avais fait une première projection du film, avec une dizaine de personnes, où on restait plus longtemps avec Jean au début, après on restait plus longtemps avec Vincent... Et à deux scènes près, le film n'était pas du tout en rythme, tombait complètement à plat."


"Cette scène c'est l'un des premiers regrets avec Thierry Flamand, le décorateur. C'était après deux-trois mois de tournage. J'en avais marre et j'arrive, je vois le décor... Le mec est censé avoir trente ans, et on arrive dans un décor gris, kaki, je dis 'Il faut amener une pointe de technologie là-dedans' ! Il était en panique complet, il n'y avait rien... Une télé 16/9, un tee-shirt, un poster de moto au mur..."


"On s'est posé la question sur cette note d'humour. Beaucoup de gens nous le reprochent, 'Pourquoi vous vous êtes amusé tandis que c'est un moment où on pourrait faire rentrer plus dans l'ambiance'... Ça reste un film d'entertainment. Mais c'est un petit reproche que je peux comprendre, que les gens disent 'Pourquoi vous vous prenez pas un peu plus au sérieux ?'... parce que sur des scènes comme celle qui arrive là, si on se prend trop au sérieux, c'est tellement théâtral, c'est tellement tarte à la crème, qu'il faut désamorcer un peu avant je pense. Moi je n'arrivais pas à m'imaginer en tant que spectateur en salles et adhérer complètement à la scène qui arrive là. Qui pour moi est énorme. Plein de gens ont crié à la résolution de la scène."


"Il y avait dans le bouquin une scène où le personnage de Max se battait contre des skins. Mais c'était plus une mise à l'amende assez cruelle, il leur mettait les mains au sol, avec des flingues (...) Généralement ce genre de séquence se fait avec l'aide des chinois ou des américains, soit de manière classique avec des cascadeurs français qui fonctionnent sur une école un peu ancienne. On s'est dit 'Comment travailler avec des cascadeurs ? Sans cascadeurs ?' et Vincent, qui n'a absolument confiance en personne (...) Nicky Naude étant cascadeur, il y avait une bonne alchimie, on s'est donc dit 'Amusons-nous à faire un truc de fou'. Aucun des plans n'est truqué, c'est les comédiens, pas des doublures (...) Ça n'a jamais été fait. S'ils ne bougent pas, ça tape, le coup il rentre."

"Moi mon problème principal, je ne vous le cache pas, c'était les scènes de gendarmerie. C'est-à-dire que dès que l'on voyait un mec avec un képi dans une Renault 21, donner des explications sur ce qui s'est passé, ça fait sortir un peu de l'univers et ça ramène à des souvenirs télévisuels... ça fait un peu Inspecteur Derrick... On a essayé de couper, quelques scènes ont été coupées, qu'on a tourné avec Karim Belkhadra, tellement lourdes au niveau des explications que j'ai pas osé les mettre. C'est pas parce qu'on fait des scènes qui ne sont pas dans le film qu'il faut les mettre dans le DVD. Si c'est des trucs intéressants, oui, sinon c'est assez chiant à regarder."


"Ce plan qui tourne, c'est une machine qui a été fabriquée avec deux gyroscopes de l'armée, qui tournaient à 12 000 tours minute, une truc de dingue. Il y avait deux centimètres de chaque côté, c'était descendu par trois câbles d'arceau, à l'intérieur un autre arceau qui tournait avec le caméra qui était fixée. Pour pas que ça bouge du tout, ils avaient mis deux gyroscopes dessus... Un travail de machinerie qui était assez bien tenu."

"Jean, je dois dire, qui a fait Ronin et d'autres, est quand même assez cool. Là par exemple, on l'a posé contre le faux mur, Il y a des pétards, un qui est juste à côté de lui. 'Ouais ouais pas de problèmes'. Je lui dis 'Ça va faire du bruit, tu veux des trucs dans les oreilles ?', le mec il dit 'Un peu de bruit ? Ouais non...'. Pourtant ça cartonne." 


"Cette course sous la pluie a été très galère à tourner. Un truc tout con : on écrit 'il pleut' dans le scénario, c'est deux mots, ça représente rien ; mais ça c'est très lourd, c'est des équipes énormes, quand on tourne et qu'il faut moins trois degrés, on est obligé de laisser tourner tout le temps sinon ça gèle (...) C'est con, pour une minute à l'image, c'est toute une nuit dans des conditions horribles, l'eau tombait sur les épaules et gelait automatiquement sur les fringues, c'était dingue."


"Mon horreur en tant que réalisateur, c'est de me retrouver avec des acteurs qui ne s'y croient pas, qui se retrouvent à se dire 'Mais qu'est-ce qu'on fout là ?', qui te le font ressentir. Et le pire c'est quand ils ont raison. Je me suis confronté avec Michel Serrault qui m'a mis au test, heureusement que je me disais 'C'est moi qui ait raison'."

"C'était un peu difficile avec Nadia Farès, qui arrive sur un truc comme ça, sur un tel personnage je comprends tout à fait. Mais je suis un peu militariste dans ma façon de fonctionner, si on voit un personnage qui souffre on doit un peu souffrir sur le tournage. Pas beaucoup, mais un petit peu. Enfin surtout pour les jeunes acteurs, qui arrivent, qui ont besoin d'être dirigés. J'ai fait moins ça avec Vincent ou Jean que je connais plus maintenant, mais je le faisais au début."


"L'inspiration de cette scène, il y a un film qui m'a inspiré pour ces plans-là : Les Aventuriers de l'Arche Perdue. À plusieurs reprises dans le film, on voit à travers des caillebotis comme ça (...) Il y a deux plans comme ça : au moment où il retrouve Marion, avant qu'elle le vire et qu'elle se fasse attraper dans son bar ; et un autre moment juste avant qu'il mange une datte, où le petit singe il meurt et il dit 'Bad dates'..."

"Donc si on comprend bien, c'est dans ces blocs où sont les gens face à face et se marient au bout d'un moment... En fait ce que Niemans découvre à ce moment-là, c'est que l'université sélectionne des enfants à l'hôpital juste à côté, ils prennent les enfants des montagnards, tuent les enfant chétifs des professeurs et éduquent les autres. Ces enfants-là ils les font se rencontrer, face-à-face dans ces blocs à la bibliothèque, les gens se créent des liens et ils ont un pourcentage de mariages qui se facilitent. Et de ces enfants-là, ils commencent à fabriquer... J'explique, parce que c'est un problème. Ça fait parti des explications donnés tout au long du film, qui sont répartis, qui permettent de comprendre tous les éléments du film."


"Il y avait une suite avec cette séquence avec le Hummer, qu'on n'a pas tourné pour des raisons... hum hum... budgétaires... La voiture devait passer par-dessus la rambarde, Jean devait se retrouver accroché à sa ceinture de sécurité, Vincent arrivait et Jean tombait dans l'eau, ils en sortaient... Le pari d'arriver à faire ça était risqué."

"Ça fait parti de ce genre de films où des mecs qui font dix-sept tonneaux en voiture et en ressortent avec quelques égratignures... Et les gens sont plus surpris en disant 'Ouais mais ça c'est pas possible' mais tu leur dis 'Mais regardez les cascades qu'ils font, regardez comment ils se battent et dites-moi comment c'est possible' !"


"Et là commence la séquence galère... Il y avait cette série d'escaliers à Chamonix (...) On avait fini les cascades du vendredi, on se repose le week-end et lundi on commence cette scène. On arrive, 'Il fait beau putain', et on descend cet énorme escalier,,. on arrive en bas et on était dans les choux, des gens ont pas pu rester. Et y'avait des centaines de skieurs qui descendaient cet escalier tous les jours, ça faisait 'gling gling glong' toute la journée..."

"C'est des trucs qui se rajoutent à la complexité : Nadia, pour se changer, y'a pas de toiles de tente, y'a rien, y'a pas un endroit où elle peut se réchauffer. Il faut monter des escaliers du 200 mètres, t'arrive en haut t'es naze, puis on te rappelle un quart d'heure après pour redescendre... Ça se voit pas à l'image, mais ils ont froid aux mains. Les acteurs galéraient (...) J'ai cinq prises d'affilée de Nadia qui se relève de la bagarre, tu vois la première où elle fait 'Ya !' jusqu'à la cinquième où elle fait 'Rha...' (...) Je la faisais chier, 'vite vite', trois heures de tournage par jour, le soleil partait, fallait qu'il y ait des nuages... C'était la seule fille du plateau, et je lui disais 'Vite dépêche-toi !' et elle se gerçait les lèvres, je lui disais 'On s'en fout !'... mais elle est bien dedans."

"Vincent s'est gouré de bras au sol. Vincent il me fait 'C'est ridicule Mathieu, on a choisi le mauvais bras', et moi j'étais dans la merde jusqu'au cou, des problèmes dans tous les sens, on est parti pour trois jours de tournage on a fait quinze jours de tournage, et lui il me dit ça... 'Mais on s'en bat les couilles, Vincent, c'est pas grave, on s'en fout' !"


"La vraie fin qu'on avait faite, c'est Jean qui accueillait le chien, le chien lui faisait des papouilles, et Jean se libérait de sa peur pour les chiens... Et ça c'est le cinquième prise, car le chien mordait et fort. Jean avait son jouet, et le chien était toujours plus excité, et à la fin à la dernière prise il lui crie 'Casse-toi !'... Et on rechangé entièrement cette séquence parce qu'il y avait pas de son, à cause de l'hélicoptère qui partait à ce moment-là. On n'a plus l'explication sur pourquoi il a peur des chiens, on ne l'entendra jamais, mais ça fait parti du mystère..."

"Je vous explique techniquement ce dernier plan, on s'est bien battu pour le faire... On a utilisé notre plus grosse grue, on avait beaucoup de grues sur ce tournage je suis assez content. Et à partir d'un moment c'est du faux, la dernière bande en haut des mecs qui cherchent c'est du faux. Et si vous regardez bien, y'a un truc qui manque : le téléphérique. On a oublié le téléphérique !... Puis enfin la montagne, qui est une composition de plusieurs montagnes différentes."


Commentaires

Articles les plus consultés