Critique : Réalité


Avec Réalité, Quentin Dupieux renoue avec un cinéma un brin plus grand public mais tout aussi borderline, métafilm auto-conscient invoquant le réflexivité dans un mille-feuilles de réalités aussi bordélique à déguster que délicieux en bouche. Ode cocasse à la créativité artistique et l'infini cercle vicieux avec ses financeurs, le film cherche brillamment à brouiller les interprétations et les attentes dans un méli-mélo de mises en abîmes, puzzle fait de réel, de cinéma et de rêve. Puis le réel s'efface pour des rêves de cinéma dans une maîtrise incroyable mais vraie de la narration et du montage, explosion réimbriquée de points de vues multi-diégétiques, le tout bercé par la froideur absurde chère à Dupieux que la présence chaleureuse de Chabat tend à chambrer. Perturbante odyssée de l'obsession, quête du détail tout con faisant chavirer toute relativité artistique, Réalité est un hilarant mind-fuck qui frôle l'onirisme avec cette note hypnotique du Music With Changing Parts de Philip Glass qui tourne encore et encore, la boucle infinie d'une bonne vieille VHS qui roule, se déroule et que l'on rembobine pour enfin retrouver la petite broutille qui hante, fugace assurance dans notre propre réalité.


Commentaires

  1. Excellent ! je confirme et je plussoie cet avis. Un non-film qui change les règles de la narration à mesure qu'il les édicte. Jubilatoire et inventif.

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    1. Merci cher confrère ;) Jubilatoire, c'est clair.

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  2. Je ne pense pas que j'irai voir ce film, j'ai peur de trouver ça trop chelou... L'univers de Dupieux ne m'attire pas du tout et pourtant j'aime bien tout ce qui est barré.

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    1. Réalité est un peu plus "facile d'accès" qu'un Rubber ou un Wrong, tu pourrais aborder ce film je pense. Il mérite vraiment le coup d'œil.

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    2. Si c'est plus accessible, je commencerai alors par celui-là. Par contre, pas sûre que j'aurai le temps de le voir au ciné, ça sera pour moi un rattrapage dvd/vod plus tard je pense :)

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    3. Oui, pas le genre de film qui reste longtemps en salles... ;)

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  3. Dualité antinomique qui frise la schizophrénie voire la cyclothymie, je ne me suis jamais autant emmerdé devant un film et je ne me suis jamais autant marré qu'en lisant -à posteriori- votre critique. Elle est digne de Cinema Cinema des Inconnus. A ceci près que les mots "Boulversifiant" et "Etonnifiant" ont étés remplacés par des anglicismes ou des néologismes tout autant vides de sens ; « Mindfuck » « Borderline », « Metafilm »... On rêve juste d'une chose pour le salut intellectuel de l’humanité, c'est que votre vie devienne un "remake" perpétuel de la scène de l'huissier de justice dans Les Trois Frères et que vous vous preniez une bonne gifle à chaque fois que vous prononcez ou écrivez un mot de plus de trois syllabes.

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