Critique : Sorcerer / Le Convoi de la Peur


Dans une audacieuse agonie, William Friedkin rebâtit l'une des œuvres phares de Clouzot, faisant de Sorcerer un film maudit et surtout son exercice le plus intense. Poignante excursion d'âmes déchues dans une jungle infernale de boue et de sang, le cinéaste imprègne dans son si cher grain d'image un aperçu moite de l'enfer sur Terre, la douleur constante de la forme en étrange adéquation avec le mysticisme ambiant, œil abyssal d'une nature surnaturelle, surpuissante, impardonnable. Les protagonistes sont installés tels les figures dominantes d'une fresque tragique, le contraste fou du long prologue d'exposition - entre film de gangster, thriller, cinéma français et documentaire de guerre - s'apparentant à un doigt aiguisé pointant leur indétournable malédiction. Sur la musique étouffante de Tangerine Dream, deux camions massifs et fragiles circulent alors entre film d'aventure et cinéma fantastique, filmés tels des machines démoniaques amenant leurs victimes aux confins de la douleur vers un prodigieux climax esseulé et hallucinogène. Jouant avec l'empathie des personnages dans une tempête de scènes mémorables sur le fil du rasoir, résultante probable d'un tournage invivable, Sorcerer est un funeste voyage au bout de l'enfer, l'humain transpirant par tous ses pores d'un gasoil écarlate au milieu de ce duel implacable entre la nature et l'industrialisation, fascinant purgatoire d'un paradis perdu.


Commentaires

  1. Aussi monumental que le film de Clouzot. Visuellement époustouflant, musique hypnotisante acteurs au top... Chef d'oeuvre maudit.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Limite je le préfère au Clouzot !

      Supprimer
    2. J'aime autant l'un que l'autre. C'est rare pour un remake.

      Supprimer
  2. Apocalypse now façon Friedkin, un must clairement.

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Articles les plus consultés