Critique : Predestination


Après l'emballant Daybreakers, les frères Spierig servent avec Predestination un élégant mind-fuck, piètrement vendu comme un nouveau Looper alors que ses tripes se nouent dans un cocon beaucoup plus intimiste et posé. Monté de manière très maline, les mots invoquant l'image puis l'image les maux, le film passe progressivement de la science-fiction au conte tragique. Le fond de l'affaire a beau être prévisible, les rouages bien huilés fonctionnent dans ce qui s'apparente à de l'extrapolation, mais qui se révèle être l'essence subliminale d'une opération cinématographique plus subtile qu'elle en a l'air : donnant vie au paradoxe abordé en épousant ses incohérences, le métrage nage sur le temps de la fiction et le découpage de sa forme pour creuser, tel celles de sa propre narration, les craquelures du psyché des personnages, parfaitement interprétés par un obscur Ethan Hawke et une Sarah Snook diablement surprenante. Incomplet dans ses ambitions mais modeste dans sa maîtrise, Predestination est un troublant voyage dans la mécanique déséquilibrante du genre humain, concepteur de ses propres ténèbres.


Commentaires

  1. Une expérience intéressante, malgré ses imperfections. Je rejoins ton avis, Max. Merci pour ce joli billet !

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  2. Je trouve justement que le film n'a pas assez joué la carte du drame, dont les rares éclats sont traités de manière très plate, au profit de l'aspect thriller, très prévisible. Après, il y a quand même des choses qui m'ont bien plus dans ce film qui n'est pas sans intérêt.

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    1. Personnellement je trouve que l'aspect émotionnel est bien cadré, une sobriété efficace. Plus d'émotions plus dirigées auraient peut-être amené le film vers le bas. Mais bon on se rejoint le film ne manque d'intérêt pour sûr ;)

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  3. Je suis d'accord avec cette critique. Pour ma part ce film est une excellente surprise. Un mélange étonnant entre science-fiction, thriller et conte philosophique mais terriblement efficace. Sans jouer sur la surenchère visuelle de la SF moderne (de toute façon je pense que son budget limité ne le lui permettait pas) le film s’appuie sur ses propres qualités, un scénario intelligent, une mise en scène très classe et un jeu d’acteur incroyable (Sarah Snook y est particulièrement bluffante).

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