Critique : The Interview / L'Interview Qui Tue !


Seth Rogen n'est pas Charlie Chaplin, mais force est de constater que livrer une comédie aussi jubilatoire à la barbe d'un tel pouvoir en place est un geste à lui seul terriblement fascinant. Fourberie aussi grasse qu'irresponsable, The Interview est un ballet de l'absurde au rythme incroyablement décousu, mais dont la politique jusqu'au boutiste finit par dépasser les aigreurs : relisant Le Seigneur des Anneaux sur fond de Katy Perry comme hymne maléfique, Rogen et Franco explosent les limites de la comédie américaine calibrée, leur duo aphrodisiaque nourrissant le film d'une forte dose méta, thriller d'espionnage formellement maîtrisé et aux délires inattendus qui nous sautent au visage à un débit de mitraillette. Private joke de sales gosses aux couilles surdimensionnées, molard gluant craché sur les règles établies et le discours politique, The Interview est un ovni naïf, inégal et fantasmatique à la connerie incroyablement communicative, un kamikaze cinématographique qui a de quoi déchaîner les foudres mais dont l'ardente liberté, plus trip subversif qu'attaque maîtrisée, pirate le moindre de nos sens objectifs.


Commentaires

  1. Difficile, cette affaire. Ce qui me gêne, c'est que le propos est "réaliste" : on va tuer un personnage qui existe en vrai. Même si l'on sait que le coco nord coréen est plutôt zarbi, je ne peux adhérer à la mise à mort sans jugement. Chaplin lui n'allait pas tuer le Führer, il était le Führer ; on était dans le 2e degré ce qui faisait son génie. Le film a été censuré en Allemagne, mais "c'est tout". Il aurait dit "Il faut aller tuer Hitler"... comme le font Rogen et Franco, ce n'est pas le même message. J'ai envie de dire : Messieurs les Américains, faites donc le ménage chez vous, avant d'aller tuer les autres. Tu l'auras compris, le concept me choque un peu. Ce n'est pas subversif, c'est guerrier. Ce n'est pas en tuant les dictateurs qu'on obtiendra la paix dans le monde.

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    1. Je comprends. Mais très franchement, le ton du film est définitivement absurde, oublies-y toute notion de "réalisme". D'autant plus que le cynisme et la débilité ne touchent pas seulement ici la Corée du Nord mais l'Amérique elle-même. Mais bon je le répète je comprends ton point de vue, mais regarde le film et je pense que ton opinion changera ;)

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    2. Dans "Man hunt" de Fritz Lang sorti en 41, un chasseur de fauves avait Hitler dans son viseur et ça reste un très bon film qui prend position (d'un tireur couché... ?). Dans l'excellent "to be or not to be" chef d'œuvre de Lubitsch sorti en 42 les résistants polonais projetaient aussi de jouer un bien mauvais tour au dictateur moustachu. Il ne doit y avoir aucun rempart à l'humour, et l'actualité tragique nous engage à le clamer deux fois plus fort encore. On est effectivement ici dans la pochade pure et dure, totalement régressive, sans doute pas aussi géniale que ses prédécesseurs. Je jugerai sans doute sur pièce à sa sortie. Mais déjà, j'adore l'affiche !

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  2. Je ne pense pas que c'est le message du film Chonchon juste une grosse comédie potache. Faut pas non plus chercher des ambitions là où il n'y en a pas.
    Sinon pas tenté plus que ça mais davantage pour Team America qui semble bien plus fun. Par contre je collecte les infos pour faire une histoire avec les deux inspecteurs phares de Gotlib sur les déboires de Sony. Jamais autant rigolé avec un studio depuis longtemps. Sony mon nouveau Universal! :)

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    1. Voilà c'est ça Borat. Sinon pas vu Team America, depuis le temps il faut que j'y jette un œil.

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    2. Moi aussi le film ayant l'air parfaitement dans l'esprit de South Park. Et j'adore South Park!

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    3. Pas fan perso. Mais ça fait des années que je ne me suis pas replongé dedans, peut-être qu'aujourd'hui ce serait autre chose ^^

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    4. Bah là ils ont fait fort: ils ont donné la véritable identité de Lorde. Je te laisse regarder sur internet c'est... awesome!

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  3. C'est toujours bon d'intellectualiser un peu les concepts des films, même si je me garde parfois bien de le faire, le cinéma restant avant tout, pour moi, un moment de détente.

    Concernant The Interview, j'aimerais bien voir ce que parvient à faire notre duo parvient de son pitch belliciste.

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    1. Tu viendras nous en dire des nouvelles une fois que tu l'auras vu ;)

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  4. Même si je n'ai rien contre eux, je ne suis pas très fan de l'humour de Rogen et Franco (ce dernier m'irrite de plus en plus), je pense que je vais passer mon chemin. J'ai surtout l'impression qu'il s'agit d'un gros coup marketing. Cette affaire Sony - assez douteuse (je me demande même s'il ne s'agit pas d'un coup de Sony itself) - semble arranger tout le monde dans l'histoire malgré les quelques infos pas parfois plaisantes balancées...

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    1. Il est vrai que les gus usent d'un humour très particulier, très private joke - dans le genre C'est La Fin était le sumum. Après je ne sais pas si Sony peut être dans le coup... risquer quelque chose d'aussi gros avec un film de 45 millions de $ sur la simple question du buzz... L'avenir nous le dira peut-être.

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    2. Hélas, plus rien ne m'étonne... ils sont capables de tout !

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