Critique : Taxi Driver


Virée fantomatique dans un New York poisseux, Taxi Driver est le symbole surpuissant d'un Nouvel Hollywood ambitieux et enragé. Sous le spectre dominant de la tragique guerre du Vietnam, fissure de l'égo américain terrifiante de par son absence dans l'image et le verbe, le film livre la vertigineuse déconstruction d'un esprit indomptable, perdu dans un labyrinthe de veines piétonnes et de nerfs malades. Le contraste violent entre l'enfermement subjectif et l'immensité métropolitaine suinte sur l'ode à la disjonction formelle ici entamée, chère à Scorsese, pièce maîtresse de cinéma à la première personne dans un jeu au grain insistant, aux couleurs brûlantes. Travis Bickle, témoin tourmenté puis acteur homérique d'une violence inhérente, se voit incarné par un Robert De Niro magistral, interprétation vouée au culte des arcanes de l'âme, progressivement aliénée par une société rongée, ses leaders diabolisés, ses émotions désacralisées, ses armes fétichisées. Pessimiste anarchie menant à une explosion finale qui reste encore dans les mémoires, l'œuvre reflète alors une lueur d'espoir affreusement dérangeante, la violence et la métamorphose laissant place à la reconnaissance et la salvation dans de troublantes dernières minutes. Bouche d'égout délivrant la danse macabre d'une émanation puérile mais magnétique, Taxi Driver est un chef d'œuvre de subversion, fruit paranoïaque d'un bouillon de colère et de frustration, l'Amérique lâchant son monstre de Frankenstein dans le symbole abyssal de son enfer.


Commentaires

  1. Un film fracassant revenant sur le traumatisme du Vietnam et la croisade sans fin d'un homme à côté de ses pompes. Performance incontournable de De Niro et Jodie Foster crève l'écran.

    RépondreSupprimer
  2. Un des meilleurs films de papi Marty avec l'une des meilleures performances de De Niro. Un film très complexe (à voir absolument à plusieurs reprises) qui a fait l'objet de multiples interprétations et de débats.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. À voir plusieurs fois, sans aucun doute, le fond de ce film est absolument vertigineux. Encore aujourd'hui, papy Marty en a toujours dans le ventre !

      Supprimer
  3. ENORME ! un film ogre, mi-humain, mi-animal, porté par la fulgurance d'un De Niro en apnée (Travis Bickle c'est la Horde Sauvage à lui tout seul) et d'un Scorsese en pleins possession de son art. "aucun autre film n'a jamais aussi puissamment révélé l'indifférence urbaine" écrivait Pauline Kael, "au début c'est épouvatblement drôle, puis simplement épouvantable."

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. CARRÉMENT ! Mi-humain mi-animal, tout à fait. Belle et très juste citation, merci pour le partage.

      Supprimer

Enregistrer un commentaire

Articles les plus consultés