Critique : The Hobbit - The Battle of the Five Armies / La Bataille des Cinq Armées


Dès l'ouverture se dessine l'ombre majeure de la trilogie du Hobbit le souffle éreinté du découpage de chaque épisode, vouté sous le poids de la générosité dévorante de Peter Jackson. La première moitié de La Bataille des Cinq Armées pâtit alors d'étranges enchaînements, calme sinueux avant la tempête de la guerre, entamée par une scène d'ouverture enflammée dont le sort de sa figure dominante nous amène à penser qu'elle n'a rien à faire là : son arc narratif et émotionnel appartient à La Désolation de Smaug.

Passée cette seule ombre au tableau, fugace, la générosité du réalisateur transmet surtout la jouissance enragée d'un grand spectacle épique et décompléxé. Les moments de bravoure se multiplient, les tragédies bouleversantes côtoyant des coups de folie grand-guignolesques, chorégraphie héroïque au rythme effréné qui ne laisse jamais dans sa poche la dramaturgie et la rêverie plastique. Même si le conte qu'il est nous réserve quelques notes d'humour bienvenue, c'est surtout sa condition de voyage tragique qui nous happe : la brume de la guerre, menée par de stupides cupidités, menacent l'aura des protagonistes que l'on connaît depuis deux films, menant une heure battant dans l'immensité du champ de bataille un ballet de parjures et de sacrifices. Épopée déchaînée et furibarde n'attendant que les annexes de son montage complet pour briller, La Bataille des Cinq Armées est une explosion d'émotions, une galerie d'inventions homériques, délice candide et poétique poussant la foi de son cinéaste devant la machine à billets qu'il déclenche. L'épilogue, réinvocation évidente, ouvre l'ultime stigmate d'une mémorable odyssée de treize ans, nous rappelant oh combien il est difficile de laisser la Terre du Milieu derrière soi.


Commentaires

  1. Tu as été à l'avant première à Paris, c'est ça ?

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    1. Même pas, sur Poitiers. 20 cinémas CGR en France l'ont diffusé en avant-première mondiale ce lundi.

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  2. RRrrah le chanceux ! De mon côté, je suis fin prêt à partir à la guerre.

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    1. Hi hi ^^ Affûte tes lames, dresse ta cotte de mailles en mithril et sort tes mouchoirs, car elle déboîte sec cette guerre ;)

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    2. Je quitte le champ de bataille, le regard encore embué d'avoir laissé Bilbo seul dans son trou à réfléchir sur son passé. Si je dois reconnaître certaines réserves plus ou moins similaires à celles de mes camarades du net, il faut bien reconnaître qu'on en a pour son argent. L'incendie de Laketown me semble être une excellente mise en bouche de ce qui se prépare pour la suite, quand le feu cède la place à la glace pour un duel au sommet.

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    3. Tout juste c'est ça, on en a amplement pour son argent. Je n'avais pas réalisé ce contraste flammes de l'ouverture / glace du climax, en effet ce n'est pas si inintéressant même si je conserve mes réserves sur l'introduction.

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  3. Alors par où commencer.... Une super ouverture (mais...), un séquence géniale (!!) avec Sauron (mais....), 2h de batailles (mais...) et un final sympa (mais...).

    (i) Mais expédiée sur la mort de Smaug et des conséquences. Ca aurait été une super fin pour le 2e. Et je trouve les partie humaine "surjouée"au possible.

    (ii) trop courte! j'espère qu'il y aura un développement sur les armées d'Angmar et le rôle de Sauron dans la bataille.

    (iii) c'est beaucoup, beaucoup de bataille, style "quand il n'y en a plus, y en a encore!" (syndrome outrageusement mis en scène avec Azog à la fin).

    J'ai l'impression que les personnages sont mis en retrait, que toute l'histoire est mise en retrait de la bataille. Ok, il y a Thorin qui passe pour un maniaque, sa chute, etc. Mais c'est rabâcher encore et encore. Il y a le roi Elfe et les hommes, mais encore, je n'ai pas l'impression que ce soit tellement mis en avant. Il y a aussi Tauriel, mais cet histoire d'amour sonne faux et semblent tellement décalée de la réalité par moment.

    En fait, je retrouve le défaut du premier, le film entre-deux-chaises, le décalage d'atmosphère entre des séquences directes.

    Tellement dommage pour un film qui fait un fabuleux fan-service de 2h20! (et possède beaucoup de très belles séquences!). Bref, mitigé sur le coup. peut-être qu'en contexte et/ou la version intégrale, il passerait mieux. J'attends la sortie de la trilogie en version longue pour me prononcer définitivement ^^

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    1. Mais... mais... mais... mais quoi enfin ??? ^^ Non plus sérieusement je comprends totalement tes réserves. Finalement je passe outre par pure subjectivité, personnellement, mais j'espère - et je pense que ce sera le cas - que la version longue densifiera nettement ce grand final. Merci pour ton avis Le Umas, et à très bientôt j'espère sur la blogosphère !!! ;)

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    2. En fait, après y avoir réfléchi, je pense que la trilogie (et cet épisode en particulier) souffrent de 2 défauts de conception:

      - ne pas choisir (assumer?) le conte Bilbo ou l'aventure épique/poétique/sombre du LOTR en oscillant constamment entre les deux. Avec 2 conséquences majeures: la première est une différence de ton et d'ambiance entre les scènes, un manque de cohérence parfois dans l'atmosphère du film. Et la seconde, peut-être la plus gênante, c'est d'avoir gardé les moules des personnages du LOTR et de les adapter strictu-senso à Bilbo. Je m'explique, les nains doivent être drôles et ridicules, les elfes froids et guindés, il doit y avoir un héros "Aragorn II" (ici, Thorin), etc, etc. Ces personnages-types sont finalement moins attachants, de mon point de vue, car nécessairement comparés et comparables. Ce qui rends leurs émotions peut-être moins naturelles/crédibles. Ce dernier point est plus subjectif et je n'arrive pas exprimer correctement mon ressenti.

      D'un autre côté, tirer la ficelle de 300 pages en 3 films, forcément, c'est tomber à court de matériel scénaristique. Et malgré les quêtes annexes développées rapidement et de manière parfois frustrante dans cette vitesse, le fil perd peu à peu d'intensité. Peut-être est-ce aussi dû au découpage des films où l'histoire est finalement exposée de manière assez linéaire, construite dans le premier et le second pour culminer dans le 3e, en deux étapes: Smaug et la guerre. Ce qui donne l'impression (réelle certes) d'une grande bataille de 2h sans véritable scénario.

      Je pense sincèrement que le lien entre Smaug et le Mal aurait pu être plus explicite, plus développé. Pareil pour les quêtes annexes/Sauron, pareil pour la partie "Beorn" ou la partie "humaine" dans le 3e film. Ils ont réussi à évacuer des parties d'un scénario qui est déjà insuffisant pour tenir 3 films de 3h.

      Je donne l'impression d'être dur. Je reconnais que passer après le LOTR est mission impossible. Par contre, je maintiens qu'à vouloir faire un LOTR-bis jusqu'au bout était probablement une erreur - Bilbo n'est pas Frodon, Thorin n'est pas Aragorn, etc. Les films ont certes leur propre personnalité artistique et technique.

      Bref, comme déjà écrit: il faudrait que je revois les 3 à la suite pour me faire une idée plus précise (même si le 2e est pour moi le plus réussi). Et espérer que la version longue du 3e apporte de l'épaisseur.

      ps: pour le blog, je pense que je ne reviendrai pas dans un futur proche. La vie change et les priorités aussi ;) Je ne vais plus très souvent au cinéma. En fait, j'aime toujours écrire, mais je n'ai pas de matériel sur lequel écrire. Je continue à passer chez toi et 2flics pour faire coucou et poster quelques avis éclairés et développés ;) Ne jamais dire jamais, le blog a été une expérience particulièrement enrichissante, un épisode de ma vie également. Je ne regrette pas d'avoir arrêté, cependant, plein d'autres choses ont eu lieu depuis et c'est tout aussi bien ;)

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  4. Je suis tout à fait d'accord avec toi sur Smaug. On a une vraie rupture de ton inutile et ruinant en soi l'ouverture. Commencer sur le chaos de la ville paraît en soi plus logique. Ensuite, il faut bien avouer que quelques coupes se ressentent (Elrond partant seul puis plus rien, Gandalf que l'on voit subitement à cheval dans les plaines, Saroumane partant chercher Sauron...) et cela nuit beaucoup au film. On sent les 30 minutes de version longue à 20 km et ce n'est clairement pas flatteur pour Peter Jackson. Si encore le film avait été très long oui mais il ne fait que 2h20 maxi sans générique! Merde quoi! Bon pour le reste, le film est absolument épique et s'en sort très bien pour une conclusion grandiose et triste à la fois. Ah et l'HFR 3D est toujours aussi sublime à regarder.

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    1. Nous sommes d'accord. J'ai eu le même sentiment que lors du visionnage en salles du Retour du Roi, des coupures tellement évidentes et un montage à la hâte. La version longue, espérons-le, devrait faire son office. On sait déjà depuis aujourd'hui que **SPOILERS** les funérailles de Thorin **SPOILERS** seront dans ce nouveau montage, déjà un indispensable.

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    2. Oui je sais que pour Le retour du roi au cinéma c'était assez catastrophique niveau coupes drastiques. J'ai eu de la chance de le voir en version longue.

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  5. J'ai l'impression que le Hobbit séduit davantage les garçons. Aucun commentaire de fille ci-dessus, et c'est guère mieux ailleurs. Autant j'ai adoré Le Seigneur des Anneaux, autant je n'adhère pas au Hobbit... Je trouve que les femmes y sont totalement absentes, et c'est peut-être pour ça qu'on a ce sentiment de ne pas faire partie du trip !

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