Critique : Exodus - Gods and Kings


Grand spectacle s'il en est, Exodus : Gods & Kings se révèle surtout comme l'un des films les plus personnels de Ridley Scott. Fort probablement meurtri par la disparition violente de son frère, à qui il dédie le film en conclusion, cette nouvelle vision du récit de Moïse est pour le cinéaste l'occasion de faire littéralement le deuil de sa foi. Impressionnante épopée fraternelle dont les qualités formelles prouvent l'éternel talent plastique de Scott, ce dernier entame derrière les ficelles d'un blockbuster bien calibré la désacralisation téméraire de sa toute-puissante histoire : le film est un maelström de visions solitaires, de plaies rationalisées, d'émotions retenues et de coups de colère, guidé par la figure trouble d'une céleste petite tête blonde provocatrice et capricieuse. Ses douloureuses racines soulagées par le meurtre, Moïse voit naître ses révélations par un simple coup sur la tête, tandis que son fameux bâton est remplacé par l'épée de son frère : aigri et aux portes de la folie, le leader hébreux devient ici un personnage terriblement fascinant, guerrier rongé par l'ambiguïté de la rage et de la culpabilité, sur lequel plane l'ombre du terrorisme. Diminué par le contraste de ses incomplétudes et de ses longueurs, Exodus : Gods & Kings demeure un spectacle radical et épuré, dont la puissance de la direction artistique et des effets spéciaux égale la noire vision des faits, la bravade burnée d'un Ridley Scott endeuillé qui nourrit l'épique par une incertitude très agnostique.


Commentaires

  1. Bizarrement, je ne fais pas de ce film une priorité. Peut-être que je le verrais en janvier et encore pas certaine. Je suis sûre que le spectacle offert doit être impressionnant mais un peu peur de voir des délires scénaristiques sur ce sujet (*encore traumatisée par Noé cette année*). Puis pas une grande fan de Ridley Scott en général.

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    1. Je comprends, on aime ou on n'aime pas. Après Exodus est assez différent de Noé, dans ce dernier Aronofsky assumait totalement le côté fantaisiste. Ici Scott est plus radical, plus "réaliste" même si le mot n'est pas tout à fait adapté. Plus "athée" dirons-nous !

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    2. Si j'arrive à le voir, je reviendrai te dire mon avis ;)

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  2. Je vais pour ma part en rester aux 10 commandements.
    @+

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  3. J'irai peut être le voir en 2015 mais honnêtement ce film n'atteindra pas Les dix commandements et surtout les ba ne m'ont pas vraiment convaincu.

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  4. @Ronnie64 @Borat8 :
    Exodus n'a pas l'ampleur d'un DeMille, ça c'est clair, mais son côté plus athée et corrosif n'est clairement pas à bouder. À vous de voir ;)

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  5. Je n'avais pas spécialement l'intention de me déplacer mais j'avoue que la lecture de ton article m'a donné furieusement envie ! Il faut maintenant que je me trouve un créneau entre la visite du Père Noël et le festival de cotillons.

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    1. Les avis sont très contrastés, les problèmes de montage sont assez évidents (vive la version longue !) et les choix de revisite de l'histoire peuvent carrément diviser ! Mais à voir pour se faire un avis, à mes yeux c'est un beau morceau de cinéma et corrosif comme je l'aime ^^

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    2. Enfin vu. J'aurais aimé être touché par la même foi qui guide ton très bel hommage au film, mais hélas, englouti je fus par tant de lourdeurs impardonnables.

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  6. Une grande épopée, du souffle et du spectacle... Bon boulot

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    1. Du spectacle, pour sûr, et aussi du fond qui griffe, faire les deux à Hollywood c'est devenu chose rare, et malheureusement très peu de personnes en on conscience vu le lynchage général de ce film. Ravi qu'il t'ai plu !

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