Critique : Seconds / L'Opération Diabolique


Avec Seconds, John Frankenheimer défigure à l'extrême son dispositif cinématographique, jonglant vulgairement avec les faux-raccords, distordant la précision de l'image, et collant au plus près de ses personnages dans un élan entre le réalisme et l'expressionnisme. Constamment incisif, le film multiplie les prouesses visuelles sous la musique visionnaire de Goldsmith, dans une perte de repères formels qui attache violemment le spectateur sur une anxiogène table d'opération. Les identités s'échangent et le pourquoi du comment se trouble alors que l'intrigue s'enfonce progressivement dans un mélange des genres, entre le drame, le thriller, l'anticipation et l'horreur. Et tandis que l'ombre de la caméra parcourt les décors à de nombreuses reprises, conscience curieuse au-delà de l'incident technique, le fond se cristallise, crise d'un cinquantenaire sombrant dans les méandres d'un rêve américain fantôme, portrait cauchemardesque d'un capitalisme déviant. Fou et fascinant, Seconds révèle alors dans ses décadences et conspirations une puissante prophétie du Nouvel Hollywood qui le suivra.


Commentaires

  1. Superbe film effectivement ! Je partage ton avis j'ai profité de sa ressortie l'an dernier pour le découvrir ce fut un bon moment au cinéma comme trop rarement !

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